‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 58 sur 127 · ANSELME · texte numérisé non relu

ANSELME

A RRÊTEX-vovs , téandre, et souffrez un discours Qui cherche le repos et l’honneur de vos jours, le ne vous parle point en pere de ma fille.

En homme intéressé pour ma propre famille s Mais comme votre pere , ému pour votre bien,

Sans vouloir vous flatter et vous déguiser rien :

Bref, comme je voudrois , d’une amc franche et pure , Que l’on fît à mon sang en pareille aventure. Savez-Tous de quel œil chacun voit cet amour ,

Qui dedans une nuit vient d’éclater au jour?

A combien de discours et de traits de risée Votre entreprise d’hier est par-tout exposée?

Quel jugement on fait du choix capricieux Qui pour femme, dit-on, vous désigne en ces lieux Un rebut de l’Egypte , une fîüc coureuse ,

De qui le noble emploi n’est qu’un métier de gueu5C^ J’en ai rougi pour vous encor plus que pour moi ,

Qui me trouve compris dans l’éclat que je voi :

Moi, dis-je , dont la fille à vos ardeurs promise,

Ne peut, sans quelque afiFront, souft'iir qu’on la mipiisc.

Ah i Léandre, sortez de cct abaissement!

Ouvrez un peu les yeux sur votre aveuglement î Si notre esprit n’est pas sage à toutes les heures.

Les plus courtes erreurs sont toujours les meilleures. Quand on ne prend en dot que la seule beauté Le remords est bien près de la solcmnité j Et la plus belle femme a très-peu de défense Contre cette tiédeur qui suit la jouissance.

Je vous le dis encor, ces bouillans mouvemens,

Cçs ardeurs de jeunesse et ces emportemens Nous font trouver d’abord quelques nuits agréables; Mais CCS félicités ne sont gueres durables ,

Et notre passion ralentissant son cours ,

Après CCS bonnes nuits, donnent de mauvais jours:

Delà viennent les soins, les soucis , les misères ,

,Ies fils déshérités par le courroux des peres.

Léandre.

Dans tout votre discours je n’ai rien écouté

Que

COMÉDIE

^ue mon esprit, déjà, ne m’ait représenté.

Se sais combien je dois à cet honneur insigne Que vous me vouiez faire, et donc je suis indigne; £t vois, malgré l’effort dont je suis combattu,

Ce que vaut votre fille , et quelle est sa vertu :

Aussi veux- je tacher....

Anselme, V inurrompaat.

On ouvre cette porte:

21 étirons-nous plus loin, de crainte qu’il n’en sorte Quelque secret poison- donc vous seriez surpris.

( Il s'en, va , avec Léaadre. )

S ÇE N E VI.

LÉLIE. MASCAKILLE.

MascaRILLE.

]B ientôt de notre fourbe on verra le débris»

Si vous continuez des sottises si grandes.

Dois-je éternellement ouïr tes réprimandes î De quoi te peux-tu plaindre ? Ai-je pas réussi £n tout ce que j’ai dit depuis?

Mascarille.

Couci-couci !

Témoins les Turcs, par vous appelés hérétiques. Et que vous assurez , par sermens authentiques , Adorer pour leurs Dieux la lune et le soleil !..#. Passe. Ce qui me donne un dépit nompareil , C’est qu’lci votre amour étrangement s’oublie;

j.» L-ÉTOURDI.

Près de Cèiie il est ainsi que la bouillie «

Qui par un trop grand feu s’enfle, croît jusqu’aux bords« Et de tous les côtés se répand au-dehots.

Pourroit^on se forcer à plus de retenue ?

Je ne l’ai presque point encore entretenue.

Oui •, mais ce n’est pas tout que de ne parler pas i Par vos gestes , durant un moment de repas ,

Vous avez aux soupçons donné plus de matière Que d’autres ne feroient dans une année entière,

Et comment donc ?

Mascarille.

Comment ? chacun a pu le voir.

A table , où Trufaldin l’oblige de se seoir ,

Vous n’avez toujours fait qu’avoir les yeux sut elle. Houge , tout interdit , .jouant de la prunelle « .

Sans prendre .jamais garde .i ce qu’on vous sçtvoit. Vous n’aviez point de soif qu’alors qu’elle buvoit {

Et dans ses propres mains vo.us saisissant du verre ,

Sans le vouloir rinsq/r , sans rien jetter à «erre.

Vous buviez sur son reste , et montriez d’affcctcc Le côté qu’à sa bouçhc elle avoit su porter.

Sur les morceaux touchés de sa main délicate.

Ou mordus de ses dents , vous étendiez la patte , Plus brusquement qu’un chat dessus une souris»

Et les avaliez tous , ainsi que des pois gris.

Puis , outre tout cela , vous faisiez sous la table Un biuic » un tûqucttac de plods insuppoitable » ,

ff

COMÉDIE

D6nt Trufaldin , heurté de deux coups trop prcssans y A puni, par deux fois, deux chiens trcs-innoccns y Qui , s’ils eussent osé , vous eussent fait querelle ;

It puis après cela votre conduite est belle!

Pour moi , j’en ai souffert la gêne sur mon corps. Malgré le f-oW , je sue encor de mes efforts.

Attaché dessus vous comme un joueur de boule Après le mouvement de la sienne qui roule y Je pensoisjetenir routes vos actions In faisant de mon corps mille contorsions,

Mon Pieu , qu’il t’est aisé de condamner des choses Dont ru ne ressens pas les agréables causes ]

3e veux bien néanmoins, pour te plaire une fois. Paire force à l’amour qui m’impose des loix.

Désormais....

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