SUR
« Cette Picce est la première Comédie que MoHerc ait donnée à Paris. Elle est composée de plusieurs petites intrigues , assez indépendantes les unes des autres. C’étoit le goût du Théâtre Italien et Espagnol, qui s’étoit introduit à Paris , observe Voltaire , dans ses jugemens sur les Pièces de Moliere , placés à la suite de la Vie qu’il a donnée de cet Auteur. Les Comédies n’étoient alors que des tissus d’aventures singulières , où l’on n’avoit gueres songé à peindre les mœurs. Le Théâtre n’étoit point, comme il devoir être , la représentation de la vie humaine. La coutume , humiliante pour l’humanité , que les hommes puissans avoient , pour lors , de tenir des fous auprès d’eux , avoir iû*?
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fecté le Théâtre. On n'y voyoit que de vil* bouffons , qui étoient les modèles de nos Jode» lets , et on ne représentoit que le ridicule de ces misérables, au lieu de )oucr celui de leurs maîtres. La bonne Comédie ne pouvoir être connue en France , puisque la société et la galanterie , seules sources du bon comique, ne faisoient que d*y naître. Ce loisir dans lequel les hommes rendus à eux-mêmes se livrent à leur caractère et à leur ridicule , est le seul tems propre pour la Comédie } car c’est le seul où ceux qui ont le talent de peindre les hommes aient l’occasion de les bien voir , et le seul pendant lequel les Spectacles puissent être fréquentés issiduement. Aussi ce ne fut qu’après avoir bien vu la Cour et Paris , et bien connu les hommes que Molière les représenta avec des couleurs si vraies et si durables. »>
<e Les connoisseurs ont dit que V Etourdi devroit seulement être intitulé , Les Contre - tems-, Lélic , en rendant une bourse qu’il a trouvée » en secourant un homme qu’on attaque , fait des actions de générosité plutôt que d’étourderie. Son valet paroît plus étourdi que lui , puisqu’il n’a presque jamais l’attention de l’avcrtix de ce
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<ju’ü veut faire. Le dénouement , qui a trop souvent été l’écueil de Moliere , n’est pas meilleur ici que dans ses autres l’icces. Cette faute esc plus inexcusable dans une Piece d’intrigue que dans une Comédie de caractère. »
cc On est obligé de dire ( et c’est principalement aux étrangers qu’on le dit ) que le style de cette Piece est foiblc et néglige , et que , surtout y il y a beaucoup de fautes contre la langue. Kon-seulement il se trouve dans les Ouvrages de cet admirable Auteur des vices de construction , mais aussi plusieurs mots impropres et surannés* Tiois des plus grands Auteurs du siccle de Louis XI V > Molière , La Fontaine et Corneille, ne doivent être lus qu’avec précaution , par rapport au langage. 11 faut que ceux qui apprennent notre langue dans les écrits des Auteurs célébrés y discernent ces petites fautes , et qu’ils ne les prennent pas pour des autorités. »
« Au reste , L* Etourdi eut plus de succès que Li Afisantrope , L* yivart et Les Femmes savantes n’en eurent depuis. C'est qu’avant L'Etourdi on ne connoissoit pas mieux , et que la réputation de Molicrc ne faisoit pas encore d’ombrage. U
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n*y avoit alors de bonne Comédie au ThéatfC Tiançois que Le Menteur, »
« Le succès du Menteur et celui de quelques scenes heureuses de Rotrou n’avoient point empêché la Farce grossière de tenir insolemment sa place sut nos Théâtres, et les turlupinades s’jr montroient tous les jours , lorsque L'Etourdi fut représenté , dit M. Bret , dans l’Avertissement qu’il a placé au-devant de cette Pièce, pour l’édition qu’il a donnée de Molicre , avec des Commentaires. »
• « Le Public , étonné une seconde fois , apperçut dans cet Ouvrage les qualités les plus essentielles à l’Art de la Comédie, et sans lesquelles elle languit et se dénature ; c’est-à-dire , le mouvement et la gaieté. Non pas cette extravagance , ni certe déraison des Jodelet et des D. Japhet i mais cet cniouement libre, ingénieux et plaisant, dont Plaute avoit donné les premières leçons àl JMoliere. «
« l,e tems où ce génie supérieur devoir au rire de Plaute unir les grâces et le beau naturel de Tctcncc , pour les surpasser tous deux , demandolt pour paioîtxe une étude encore plus ap-
SUR L’ÉTOURDI. vî;
profondie du caractère et des mœurs dé la nation. n
cc Jusque.s-là les Italiens avoient offert à Môlicre une infinité d’esquisses , dont il avoir conçu qu’on pouvoir étendre et prononcer l’effet avec plus de force et plus d’art que n’en employoient des Acteurs étrangers , bornés à de simples canevas , par la décadence du bon goût en Italie. » ce Ils avoient aussi , dans ce qu’ils ont droit d’appeler leur bon Théâtre, relativement à leurs représentations mimiques, composées de scènes à l’impromptu , beaucoup de Pièces écrites et imprimées , et c’est quelquefois dans ces dernicres que puisa Moiiere. V Inawertito , Picce en prose, de Nicolas Barbiéri , dit Beltrame , imprimée en 1^19 , lui fournit un caractère agréable vif, qu'il fit paroîire , sous le titre de V Etourdi. » « En suivant ainsi les traces des Auteurs de la scene Italienne , il étoit difficile qu’il se garantît d’abord de tous leurs défauts ; aussi trouve-t-on dans L'Etourdi quelques événemens décousus , des scenes vagues et vuides , des reconnoissancet ijrusquées , et un dénouement pénible. »
ic II est vcai que ces défauts ne pouvoient ûus.
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appcrçus au milieu de l’autre siècle que par nn bien petit nombre de Spectateurs -, et que les seules progrès de Molière dans l’Art du Théâtre, qu’il créa , pour ainsi dire , nous les ont rendu sensibles. »
' « Il présentoir dans V Etourdi une imitation vive et Edelle de la nature. Il développoit , avec autant d’esprit que de feu , un caractère actif Ce qu^on admira, sur-tout, ce fut le mouvement rapide d’une action , soutenue avec chaleur : ce fut cette facilité de dialogue , particulière à cet Auteur i et , plus encore , cette gaieté franche et naïve , cette surface riante , qui nous cachent encore aujourd’hui les taches de ce premier tableau de Molière. >j
« Léris , dans son Dictionnaire des Théâtres di Paris , et M. de Voltaire, lui-mcmc , ce qui est bien plus imposant , soutiennent que cette Comédie devroit porter le seul titre des Contre temsi mais qu’il soit permis d’observer que l’ctourdcrie de l,élie est presque toujours le mobile du renversement des machines que son valet met en jeu pour le servir, çt , comme dit Régnier, ( Satyre XIV )
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Quand on se brûle au feü que sôi-mcme on attise»
Ce n’est point accident , mais c’est une sottise.
A régard du style de l’Ouvrage , quoique léger et facile , en comparaison de la manière d’ccrirc le dialogue comique de<ce tcms-là , il est peu correct. Cependant , la plupart des fautes qu’on observera sont si aisées à‘ corriger , qu’on' ne sauroit douter que Molière ne les eût fait disparoître » s’if eût eu le tems de revenir sur scs prcinicies pro- ^ ductions. »
et V Inawertito , d’après lequel Molicre a dessiné son Etourdi^ n’offre pas la même chaîne d’événemens que cette Piece , et les différences de style y sont infinies. Moliere est aussi étonnant dans les choses qu’il imite que dans celles qu’il crée. C’est toujours l’ouvrage du génie. Beltramc est plein de concetti , et n’est pas même exempt des indécences devenues trop familières de son tems.»
I te L’amour de la vérité ne permet pas de dissimuler que le dénouement de L'inawtnito est plus simple et plus théâtrale que celui de L'Etourdi. On peut regretter , avec raison , que Molière ait négligé de faire usage du dernier trait de
^ JUGEMENS ET ANECDOTES. ïtc.
«tacteie qui ««mine U Pièce de Beltrame.... D autoit animé le dénouement trop romanesque ,, trop brusque de sa première Come^e. Ce nue Pou doit dite encore àPavantage de L tnawcr-. 1,0 de Beltrame, c'est qu'il est bien supérieur ^L-Eiourdi qu'ont donné depuis les Comédiens . qui n'ont Élit de ce personnage qu'un Bcaneut imbécile et peu soutenable, >»