‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 82 sur 127 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

et Jij,E Dépit amoureux fut joué à Paris immédiatement après V Etourdi. C’est encore une Pièce d’intrigue, mais d’un autre genre que la précédente , observe Voltaire ( jugemens sur les Pièces de Molicre ). Il n’y a qu’un seul nœud dans Le Dépit amoureux. Il est vrai qu’on a trouvé le déguisement d’une fîile en garçon peu vraisemblable. Cette intrigue a le défaut d’un Roman , sans en avoir l’intérêt j et le cinquième acte , employé à débrouiller ce Roman , n’a paru ni vif, ni comique. On a admiré dans Le Dépit amoureux la scene de la brouillcrie et du raccommodement d’Éiastc et de Lucile. ( La troisième du quatrième acte. ) Le succès est toujours assuré, soit en Tragique , soit en Comique , à cas sortes de scènes qui représentent U passion la plus clierc

»*■ JUGEMÉNS ET ANECDOTES

aux hommes , dans la circonstance la plus vivc^ La petite Ode d’Horace Donec gratus eram tibi^ Scc . , a été regardée comme le modelé de ces scenes , qui sont enfin devenues des lieux communs. »

te Les différens Auteurs qui ont parlé du Dépit amoureux ne mettent pas cette Comédie au rang des bonnes Pièces de Moliere , dit M Bret, dans rAvertissement qu’il a mis au-devant de cette Pièce ; et il faut convenir avec eux qu’elle ïi’anonçoit point encore le Peintre de nos moeurs, et qu’elle est aussi négligemment écrite que tourdi. Cependafit , il y a peu d'années ou nous ne voyions quelques représentations de cet Ouvrage , parce qu’il offre , en plus d’un endroit , et. cette gaieté dont Plaute avoir donné des leçons à Moliere , et cet examen heureux du cœur humain qui lui étoit si naturel , et ce comique brillant et facile qui mettra toujours son dialogue au-dessus de celui de tous nos Ecrivains de Théâtre. M

« Kiccoboni , dans ses Observations sur la Co» médie et sur le Génie de Moliere , indique deux sources oii Moliere puisa l’idée de cette seconde

Comédie. La première est une Piece du Bon.

Théâtre , dit-il , intitulée V Intéressé , di Nicolo Secchi , et l’autre est un ancien canevas , sous le nom de Sdegni amorosi. m

<c Le titre de cette dernière Farce inconnue pourroit faire supposer qu’il y étoit question de tracasserie d’amans, et , par conséquent , du plus agréable objet du Dépit amoureux , continue M. Bret J mais on n’en trouve pas un mot dans la Piece. du Bon Théâtre , dans L'inter esse du Secchi. Molière ne put emprunter de ce dernier que ce qui rend la fable de sa Comédie trop compliquée et trop étrangère à nos usages. L’Ouvrage du Secchi a donc fourni à notre Auteur le Roman peu naturel d’Ascagne , et son mariage^ secret, moins croyable encore....»

et Les scènes charmantes de Lucile et d’Eraste rachètent bien , à la vérité , le vice de l’intrigue , et elles ne doivent rien au Secchi. Flaminio et Virginia , qui sont dans la Pièce du Poète Italien ce que Lucile et Eraste sont dans l’Ouvrage de Molicre , n’ont pas même une seule scène ensemble.... j>

cc En convenant que Molière doit au Secchi le

Vf JUGEMENS ET ANECDOTES , Scc.

fonds de sa -Picce , ce n’est pas dire qu’il en a emprunté l’ordre , l’arrangement , le développement , ni les idées , et encore moins le dialogue. Moliete sera toujours un modèle à proposer aux imitateurs. Il ne se traîne point sur les traces de son original. 11 s’élance de ses propres forces , et, bientôt, il le laisse loin de lui.... »

On a quelquefois réduit en Province cette Pièce à la représentation du seul acte , le quatrième , où se trouvent les scènes de dépit et de raccommodement , entre Eraste et Lucile , Marinette et Gros-René. En supprimant tout le reste , cela faisoit encore une très-jolie petite Piece.

LE DÉPIT

AMOUREUXi

Page 1