ACTE IL
ARIANE, NERINE, Nirini.
1L/E Roi de ce refus eût eu lieu de se plaindre , Madame; vous devez un moment vous contraindre. Et quoiqu’on l’écoutant vous ne puiflîez. douter Que c’est son amour seul qu’il vous faut écouter ,
Votre hymen , dont enfin l’heureux moment s’avance , Semble vous obliger à cette complaisance.
Il vous perd, et la plainte a de quoi soulager.
Ariane.
Je sais qu’avec le Roi j’ai tout à ménager, î’aurois tort de l’aigrir. L’asyle qu’il nous prête Contre la violence assure ma retraite.
D’ailleurs tant de respect accompagne scs vœux Que souvent j’ai regret qu'il ne puisse être heureux. Mais quand d’un premier feu l’ame toute occupée Ne trouve de douceur qu’aux traits t^ui l’ont frappée. C’est un sujet d’ennui qui ne peut s’exprimer Qu’un amant qu’on néglige et qui parle d’aimer. Pour m’en rendre la peine à souffrir plus aisée ,
TRAGÉDIE. ii
Tandis que le Foi vient, parle-moi de Thésée; Feins-moi bien quel honneur je reçois de sa foi , Feins-moi bien tout l’amour dont il brûle pour moi, Offres-en à mes yeux la plus sensible image.
Je crois que de son coeur vous avez tout l’hommage ; Mais au point que de lui je vois vos sens charmés. C’est beaucoup s’il vous aime autant que vous l'aimer.
Eh! puis- je tropraimer, quand tout brillant de gloire» Mille fameux exploits l’offrent à ma mémoire ?
De cent monstres par lui l’univers dégagé S c voit d’un mauvais sang heurcusemeut purgé. Combien ainsi qu’HercuIe a-t-il pris de victimes? Combien vengé de morts? combien puni de crimes? Frocustc et Ccrcyon , la terreur des humains,
K’ont-ils pas succombé sous ses vaillantes mains ? Cc.n’cst point le vanter que ce qu’on m’entend dire: Tout le monde le sait , tout le monde i’admirc ;
Mais c’est peu , je voudrois que tout ce que je voi S’en entretînt sans cesse, en parlât comme moi.
J’aime Phcdte : ru sais combien elle m’est chere;
Si quelque clic.sccn clic a de quoi me déplaire ,
C’est de voir son esprit de froideur combattu , Négliger entre nous de louer sa vertu.
Quand je dis qu’il s’acquiert une gloire immortelle»* Elle applaudit, m’approuve , et qui fcroitmoins qu’cllcï Mais enfin d’cllc-mcmc on ne l’entend jamais De c'e charmant Héros élever les hauts faits ;
XI faut en leur faveur expliquer son silence.
%t ARIANE,
NlRlNt.
Je ne m’étonne point de cette indifférence ;
N’ayant jamais aimé, son coeur ne conçoit pas.. ..
Ariane.
Elle évite peut-être un cruel embarras !
L’amour n’a bien souvent qu’une douceur trompeuses Mais vivre indifférente , est-ce une vie heureuse ?
Apprencz-le du Roi , qui de vous trop charmé ,
Ne souffriroit pas tant, s’il n’avoit point aime. j- - ■ "-rs