ACTE V
ÉLf SARETH, T I L N E Y.
Élisabeth.
IL’approchï de îa mort n’a rien qui l’intimide ?
Prêt à sentir le coup , il demeure intrépide ?
Et l’ingrat, dédaignant mes bontés pour appui.
Peut ne s’étonner pas , quand je tremble pour lui ! Ciel !.... Mais en lui parlant , as-tu bien su lui peindre Et tout ce que je puis et tout ce qu’il doit craindre ? Sait-il quels durs ennuis mon triste catur ressent ? Que dit-il ?
Que toujours il vécut innocent ,
Et que si l’imposture a pu se faire croire ,
Il aime mieux périr que de trahir sa gloire.
ÉLISABETH
Aux dépens de la mienne il veut , le lâche ! il veut • Montrer que sur sa Reine il connoît ce qu’il peut.
De cent crimes nouveaux fût sa fierté suivie ,
Il sait que mon amour prendra soin de sa vie.
Pour vaincre son orgueil , prompte à tout employer %
Jusques sur l’échafaud je voulois l’envoyer,
Pour derniere espérance essayer le remede;
Mais la honte est trop forte , il vaut mieux que je cede » Que sur moi, sur ma gloire un changement si prompt D’un arrêt mal donné fasse tomber l’affront.
Cependant quand pour lui j’agis contre moi-même , Pour qui le conserver ? pour la Duchesse ? il l’aime !
La Duchesse ?
Tilney.
Élisaseth.
Oui , Suffolc fut un nom emprunté , Pour cacher un amour qui n’a point éclaté.
La Duchesse l’aima , mais sans m’être infidclle ;
Son hymen l’a fait voir, je ne me plains point d’cllc. Ce fut pour l’empêcher que , courant au Palais , Jusques à la révolte il poussa ses projets.
Quoique l’cmpôrtement ne fût pas légitime , L’ardeur de s’élever n’eut point de part au crime»
Et l’Irlandois par lui, dit-on, favorisé.
L’a pu rendre suspect d’un accord supposé.
Il a des ennemis , l’imposture a ses ruses ,
( A part. )
Et quelquefois l’envie.... Ah ! foible, tu l’excuses? Quand aucun attentat n’auroit noirci sa foi.
Qu’il seroit innocent, peut-il l’être pour toi ?
îf est-il pas , n'est-il pas ce sujet téméraire
Qui , faisant son malheur d’avoir trop su te plaire.
S’obstine à préférer une honteuse fin
Aux honneurs dont ta flamme eût comblé son destin ?
C en est trop , puisqu’il aime à périr , qu’il périsse.
TRAGÉDIE. c 9
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