‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 42 sur 92 · I.e Prince · texte numérisé non relu

I.e Prince

S’il est tems de partir, mon amc est toute prête.

Le Roi.

L'échafaud l’est aussi : portez-y votre tête.

Plus condamné que vous , mon cœur vous y suivra ;

Je mourrai plus que vous , du coup qui vous tuera ; Mes latmes vous en sont une preuve assez ample.

Mais à l’Etat , enfin , je dois ce grand exemple ;

A ma vertu je dois ce généreux effort ,

Cette grande victime à votre frère mort.

J’ai craint de prononcer, autant que vous d’entendre L’arrêt qu’ils demandoient, et que j’ai dû leur rendre ; Pour ne vous perdre pas , j’ai long-tcms combattu ; Mais où l’art de régner n’est plus une vertu ,

Et c’est une chimere aux Rois que la justice ,

Où régnant, à l’Etat je dois ce sacrifice.

Le Prince.

Eh ! bien , achevez-le , voilà ce col tout prêt.

Le coupable , grand Roi , souscrit à votre arrêt ;

8e VENCESLAS,

Je ne m’en défends point , et je sais que mes crimes Vous ont causé souvent des courroux légitimés.

Je pourrois du dernier m'excuser sur 1 erreur D’un bras qui s’est mépris , et crut trop ma fureur.

Ma haine et mon amour , qu’il vouloit satisfaire , portoient le coup au Duc, et non pas à mon frere. 3’allégtrerois encor , que le coup part d’un bras ,

Dont les premiers efforts ont servi vos Etats ,

Et m’ont , dans votre Histoire , acquis assez de place , Pour vous devoir parler en faveur de ma grâce ;

Mais le n’ai point dessein de prolonger mon sort :

J’ai mon objet à part , à qui je dois ma mort.

Vous la devez au peuple , à mon frere , à vous-meme ; Moi je la dois , Seigneur , à l’ingrate que j’aime ;

Je la dois à sa haine , et m’en veux acquitter.

C’est un léger tribut qu’une vie à quitter ;

C’est peu pour satisfaire , et pour plaire à Cassandre , Qu’une tête à donner , et du sang à répandre ;

Et , forcé de l’aimer jusqu’au dernier soupir ,

Sans avoir pu , vivant , répondre à son désir ,

Suis ravi de savoir, que ma mort y réponde »

Et que, mourant, je plaise aux plus beaux yeuxdumor.de.

Le Roi.

A quoi que votre cœur destine votre mort ,

Allez vous préparer à cet illustre effort ;

Et, pour les intérêts d’une mortelle flamme , Abandonnant le corps , n’abandonnez pas l’ame.

Toute obscure qu’elle est , la nuit a beaucoup d’yeux , Et n’a pas pu cacher votre forfait aux cieux.

Si

TRAGÉDIE

( L'embrassant. ) —

Adieu. Sur l'échafaud portez le cœur d’un rrincc»

Et faites-y douter à toute la province ,

Si , ne pour commander, et destine; si haut ,

Vous mourez sur un trône, ou sur un échafaud «...

( Le I(oi frappe du pied ; le Duc entre , avec des Gardes.) Duc , remenez le Prince.

Le Prince, s'en allant.

O vertu trop sévere 1 Vcnccslas vit encore , et je n’ai plus de pere !

Page 1