I.e Prince
S’il est tems de partir, mon amc est toute prête.
Le Roi.
L'échafaud l’est aussi : portez-y votre tête.
Plus condamné que vous , mon cœur vous y suivra ;
Je mourrai plus que vous , du coup qui vous tuera ; Mes latmes vous en sont une preuve assez ample.
Mais à l’Etat , enfin , je dois ce grand exemple ;
A ma vertu je dois ce généreux effort ,
Cette grande victime à votre frère mort.
J’ai craint de prononcer, autant que vous d’entendre L’arrêt qu’ils demandoient, et que j’ai dû leur rendre ; Pour ne vous perdre pas , j’ai long-tcms combattu ; Mais où l’art de régner n’est plus une vertu ,
Et c’est une chimere aux Rois que la justice ,
Où régnant, à l’Etat je dois ce sacrifice.
Le Prince.
Eh ! bien , achevez-le , voilà ce col tout prêt.
Le coupable , grand Roi , souscrit à votre arrêt ;
8e VENCESLAS,
Je ne m’en défends point , et je sais que mes crimes Vous ont causé souvent des courroux légitimés.
Je pourrois du dernier m'excuser sur 1 erreur D’un bras qui s’est mépris , et crut trop ma fureur.
Ma haine et mon amour , qu’il vouloit satisfaire , portoient le coup au Duc, et non pas à mon frere. 3’allégtrerois encor , que le coup part d’un bras ,
Dont les premiers efforts ont servi vos Etats ,
Et m’ont , dans votre Histoire , acquis assez de place , Pour vous devoir parler en faveur de ma grâce ;
Mais le n’ai point dessein de prolonger mon sort :
J’ai mon objet à part , à qui je dois ma mort.
Vous la devez au peuple , à mon frere , à vous-meme ; Moi je la dois , Seigneur , à l’ingrate que j’aime ;
Je la dois à sa haine , et m’en veux acquitter.
C’est un léger tribut qu’une vie à quitter ;
C’est peu pour satisfaire , et pour plaire à Cassandre , Qu’une tête à donner , et du sang à répandre ;
Et , forcé de l’aimer jusqu’au dernier soupir ,
Sans avoir pu , vivant , répondre à son désir ,
Suis ravi de savoir, que ma mort y réponde »
Et que, mourant, je plaise aux plus beaux yeuxdumor.de.
Le Roi.
A quoi que votre cœur destine votre mort ,
Allez vous préparer à cet illustre effort ;
Et, pour les intérêts d’une mortelle flamme , Abandonnant le corps , n’abandonnez pas l’ame.
Toute obscure qu’elle est , la nuit a beaucoup d’yeux , Et n’a pas pu cacher votre forfait aux cieux.
Si
TRAGÉDIE
( L'embrassant. ) —
Adieu. Sur l'échafaud portez le cœur d’un rrincc»
Et faites-y douter à toute la province ,
Si , ne pour commander, et destine; si haut ,
Vous mourez sur un trône, ou sur un échafaud «...
( Le I(oi frappe du pied ; le Duc entre , avec des Gardes.) Duc , remenez le Prince.
Le Prince, s'en allant.
O vertu trop sévere 1 Vcnccslas vit encore , et je n’ai plus de pere !