‹ Chefd'œuvre de RotrouChapitre 55 sur 92 · SUR · texte numérisé non relu

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Cette Tragédie fut accueillie d’une maniéré si brillante , quoiqu’elle fut , en ce genre , le premier ouvrage de son Auteur , que son succès surpassa celui de Mèdèc de P. Corneille , et balança celui du Cid , avec lequel elle parut en concurrence.

Voici comment Fontenelle s’exprime à ce sujet : « Le meme hiver qui vit paroître le Cid , jî vit paroître aussi la Mariamne de Tristan >, » autre ouvrage célèbre , et qui s’est maintenu » au Théâtre presque jusqu’au tems présent. Je » parle de cent ans qui se sont écoulés depuis » ce tcms-là , à-peu-près comme je parlexois de » deux mille ans qui nous séparent des Grecs. » En effet , si l’on considéré quel nombre pro- » digieux de Tragédies sont oubliées pour ja-

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« mais , et combien le goût a changé , il est près- » qu’aussi glorieux à une Piece de s’être conscrit vée sur le Théâtre pendant ces cent ans , ou » environ , qu’il l’est à celles des Grecs de s’être conservées deux mille ans dans les Bibliotheques : car un Livre subsiste plus facilement clans une Bibliothèque, qu’une Piece sur le N Théâtre. » ,

Cependant cette Piece a de grands défauts dans la conduite , et la versification en est pleine d’expressions indignes du style de la Tragédie j mais le sujet est si intéressant , la mort de Maliamne touche si vivement , le caractère d’Hé-

rode est si bien dessiné et si soutenu , les passions y sont si véhémentes , et les idées si fortes et si belles , que l’on oublie la foiblesse et l’incorrection des vers. On ne peut , sur-tout , refuser de justes applaudissemens au cinquième acte , d’après P. Corneille lui-même. « Plus on s? différé la catastrophe , dit-il , plus les esprits de- 9> meurent suspendus j et l’impatience qu’ils ont 9> de savoir de quel côté elle tournera , est cause « qu’ils la reçoivent avec plus de plaisir; ce qui » n’arrive pas quand elle commence avec le cin*

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33 quieme acte. L’Auditeur qui le sait trop tôt , » n’a plus de curiosité , et son attention languit » durant tout le reste , qui ne lui apprend rien a> de nouveau. Le contraire s’est vu dans la 35 Mariamne , dont la mort , bien qu’arrivée dans 35 l’intervalle qui sépare le quatrième acte du cin- » quieme , n’a pas empêché que les déplaisirs » d’Hérode , qui occupent tout ce dernier acte , 3> n’ayent plu extraordinairement. Mais je ne 35 conscillerois à personne de s’assurer sur cet 35 exemple : il ne se fait pas des miracles tous les 33 jours ; et, quoique son Auteur eût bien mé- 35 rité ce beau succès , par le grand effort d’es- 35 prit qu’il avoit fait à peindre les désespoirs de 33 ce Monarque , peut-être que l’excellence de 33 l’Acteur , qui en soutenoit le personnage , y 33 contribuoit beaucoup. 33 ( Discours de P. Corneille , sur le Poëme Dramatique.

Le Pere Rapin assure que l’on ne sortoit de la représentation de Mariamne , qu’en éprouvant les mêmes effets que produisoient les anciennes Tragédies des Grecs. Mais il ajoute , comme P. Corneille , que le fameux Mondory , qui y jouoit le rôle d’Kcrode , avoit beaucoup de part

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à l’impression extraordinaire que causoit cette Pièce.

Mondory fut un des plus grands Comédien* de son tems ; mais il acquit sur-tout une telle réputation dans le rôle d’Hcrode , que le Cardinal de Richelieu , qui en entendoit parler comme d’un prodige, voulut en juger par luimême. Mondory joua devant le Ministre , qui ne put s’empêcher de verser des larmes. Mais Bois-Robert, qui étoit présent, dit au Cardinal qu’il feroit encore mieux , et même devant Mondory. Le jour fut pris , et l’Abbé de Bois- Robert déclama avec tant de force , et se passionna tellement, que Mondory, lui -même, ne put lui refuser des pleurs : ce qui acquit à Bois- Robert le nom d’Abbé Mondory.

Mondory tomba en apoplexie , en jouant le rôle d’Hérode. Plusieurs Auteurs ont même dit qu’il étoit mort subitement au Théâtre. La vérité est qu’il resta long-tems paralytique d’une partie du corps , et que sa langue se trouva tellement embarrassée, qu’il ne put reparoître. Il se retira dans une maison qu’il avoit auprès d’Orléans , d’où il étoit. Mais le Cardinal le Et

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rcven ir pour jouer dans T Aveugle de Smyrne, T ragi- Comédie , à laquelle l’Eminence n’avoit pas dédaigné de travailler , et qui , pourtant , n’éçoit pas fort bonne , et n’eut point de succès. Mondory n’en put jouer que deux actes : il retourna dans sa retraite , ou le Cardinal lui fit une pension de rooo livres , pour le récompenser de son zele. Plusieurs autres Seigneurs se signalèrent aussi en générosités envers ce célébré Acteur ; et diverses pensions réunies , lui firent environ huit à dix mille livres de rente , dont il jouit jusqu’à sa mort. Le Prince de Guémené disoit de Mondory : Homo non periit , sed periit artifex ; ce que l’on a depuis appliqué à l'ancien Scaramouche de l’Hôtel de Bourgogne.

Tristan rendit aussi à Mondory un hommage bien flatteur , dans la Préface de la Tragédie de Penthée. Après avoir déploré le peu de succès de cette Pièce , qu’il attribue , en partie , à la privation où elle a été de cet Acteur , il ajoute : « Sans mentir, on peut dire que ce n’est » pas un homme vulgaire j et , sans offenser a* beaucoup d’excellens Comédiens , qui sont » maintenant en réputation , je puis lqi donner

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» de grandes louanges. Cet illustre Acteur ne 5> tient point sa gloire du hasard , ou de l’avcuglement des hommes j c’est par de merveilsî leuscs qualités qu’il a forcé toute la France de » rendre justice à son mérite , qui auroit obtenu s» de l’antiquité des couronnes et des statues. Jaj> mais homme ne parut avec plus d’honneur sur » la scene : il s’y fit voir tout plein de la gran- » deur des passions qu’il représentoit j et, comme » il étoit préoccupé lui-même , il imprimoit for- » tement dans les esprits tous les sentimens qu’il aî exprimoit. Les changemens de son visage sembloient venir des mouvemens de son cœur , et 33 les justes nuances de sa parole, et les bien- 3> séances de ses actions , formoient un concert » admirable, qui ravissoit tous ses spectateurs. 33 C’est de ce miraculeux imitateur que j’atten- 33 dois le coloris de cette peinture ( la Tragédie 3> de Penthée ) ; c’est celui qui lui devoir donner, >3 tout ensemble , de la grâce et de la vigueur , 33 sans cette espece d’apoplexie , dont il n’est pas u encore parfaitement guéri. »

Scudéri voulant prouver que son siècle a produit des Acteurs que l’on peut comparer aux

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plus célébrés de l’antiquité , s’exprime ainsi : « Je dois ce témoignage , à la vérité, qu’il y a » sur l’un et l’autre de nos Théâtres des Acteurs s> qui ne sont pas loin de la perfection des anciens j mais comme , en les nommant , je » ferois connoître tacitement ceux qui n’en ap- » prochent point , je ne publierai pas clairement as la gloire des uns, de peur de publier la honte » des autres. Toutefois , comme on peut parler 5> plus librement des choses passées que des pré- 35 sentes , je dirai que le fameux Mondory a ccr- 33 tainement eu peu d’égaux , dans les siècles s» passés et dans le nôtre , et qu’il mériteroit »* que la face du Théâtre fut toujours tendue de 33 noir , s’il ne nous restoit qüelqu’espérance de 33 le revoir sur la scene. 3»

Mondory fut très- regretté , et tous ceux qui l’avoicnt vu , dans son éclat , eurent beaucoup de peine à l’oublier.

L’Abbé de Marollesdit, en parlant des Pièces Dramatiques de son tems : « Je me suis abstenu a» de voir toutes ces choses , depuis que Mon- 33 dory finit ses actions , qui charmèrent tout le >3 monde.... Cet excellent homme , ajoute-tril.

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» a récité sur la scène deux discours que je lut » avois donnés , ou , plutôt , qu’il me pria de lui » donner , bien que , de lui-même , il en eût » pu faire de meilleurs, n

En effet , Mondory étoit l’Orateur de sa Troupe : il faisoit les Annonces , et les petits Discours dont on les accompagnoit alors. Il joignit même au talent de la parole , celui de faire des vers : on en peut juger par ces deux Pièces qu’il fit sur la Tragi-Comédie du Trompeur puni t de Scudéry.

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