‹ Chefd'œuvres de BoursaultChapitre 14 sur 108 · ORONTE, LONGUEMAIN · texte numérisé non relu

ORONTE, LONGUEMAIN

Longue mai n.

A vant que je me nomme, » Je crois en vous , Monsieur , trouver un honnctehomme ï

Or o n t e.

» Si vous m’cstimcz tel , quoi que vous me disiez ,

» Vous netrouverez point que vous vous abusiez.

» Croyez-en ma parole , et n’ayez aucun doute.

Longuemain.

» Etes-vous assuré que personne n’écoute i Oronte.

n Parlez sans vous contraindre , et n’appréhendez rien. Longuemain.

y> Pour vivre en honnête homme il faut avoir du bien. r> La vertu toute nue autrefois étoit belle ,

Mais le vice à son aise est aujourd’hui plus qu’elle» r> Et de quelques talons dont on soit revêtu ,

» On ne fait point fortune avec trop de vertu.

« Cela posé , j’ai cru pouvoir tout me permettre,

» Dans les divers états où l’on m’a voulu mettre.

« Dès mes plus jeunes ans, dans mes plus bas emploi», » J’ai toujours eu le soin d’étendre un peu mes doigts*

** Cette inclination augmentant avec l’âge ,

COMÉDIE

V* Dans des postes meilleurs je prenois davantage ; v> Mais tous ces petits gains , par leurs toibles appas , s) En flattant mes désirs ne les remplissoient pas.

» Si bien que tout d’un coup , l’occurrence étant belle » « De deux cents mille francs j’ai fraudé la gabelle ,

» Et vous m’obligeriez , après ce beau coup IA ,

» De donner dans !e monde un bon tour à cela.

» Quand on a comme vous une plume si bonne....

w Et quel diable de tour voulez-vous que j’y donne ?

» Après un vol si grand....

Longuimain.

Comment ! vol ? parlez mieux » Et ne vous servez point de ce terme odieux.

>ï Tant pour vous que pour moi mettez-vous dans la tête

» Que frauder la gabelle est un mot plus honnête.

» C'est me déshonorer qu’employer de tels mots.

Oxonti,

» Vous vous piquez d’honneur un peu mal A propos. »Si ce mot vous fait honte et vousscmblcunoutrage,

» L’action qui le cause en fait bien davantage.

3> Un homme tel que vous en est assez instruit.

Longue max N.

»> Quel grand mal ai-je fait pour tant faire de bruit ?

»> Quel grand mal ? Trouvez-vous qu’il soit petit?

jLoNGUEMAIN.

Sans doute*

,i LE MERCURE GALANT,

» Ce n’est au pis aller que faire banqueroute.

» Combien d'autres l’ont faite , et qui n’ont pas péri?

» Et comptez-vous pour rien l’affront du Pilori ? Longusmain.

» L’affront du Pilori me paroît quelque chose s » Je plains ceux qu’en spectacle en ce lieu l’on expose; 5> Mais combien en voit*on , banqueroutiers parfaits ,

»» Vivre du revenu des crimes qu’ils ont faits!

» Tour un à qui l’on fait ces injures atroces , v> Plus de dix à Paris , ont deux ou trois carosscs.

» Qu’un homme aitdeblcn clair jusqu’à cent mille écus» » On lui prête sans peine un million et plus:

» Chacun , ouvrant sa bourse , à sa moindre requête, Lui jette avec plaisir son argent à la tête ;

» Et quand ses créanciers redemandent leur bien ,

« L’emprunteur infidèle abandonnant le sien ,]

» A la face des loix fait un vol manifeste ,

» Et pour cent mille écus un million lui reste.

» Les gens que vous citez , dont vous suivez le train ,

« Sont l’exécration de tout le genre humain.

» Les affronts qu’on leur fait ont de si justes causes.... Longubmain.

» Trois caresses roulans rajustent bien des choses.

» Et sept cents mille francs pour trahir son devoir,

» C’est vendre son honneur tout ce qu’il peut valoir.

» A^cç et que j’ai pris comparez cette somme ,

Vous verrez que j’en use en bien plus galant hommo»

COMEDIE

îî

Pour Messieurs les Fermiers , qui font des gains si grands ,

*> Qu’est-ce , de bonne foi ! que deux cents mille francs î »» Gros Seigneurs comme ils sont ont-ils lieu de se plaindre ?

A rien de plus modique , ai- je pu me restraindre? y> Et de vuider ma caisse ayant fait un serment , y* Pouvois-jc en conscience en user autrement ?

» Mettez-vous en ma place , et pesez bien....

De grâce î

» Ne me proposez point cette odieuse place.

» Quel secours de ce crime osez vous espérer ? y Vous vous êtes fait riche , et n’osez vous montrer.

■» De vos meilleurs amis vous craignez la présence ;

V'ous étiez plus heureux avec plus d’indigence»

» Vous marchiez librement , sans peur d’être arrêté >

» Et vous avez perdu jusqu’à la liberté.

Longuemain. i ^

» Je sais un sûr moyen de me la faire rendre.

« Quel moyen?

Longvzmain.

Ecoutez, et vous l’allez apprendre?

- » C’est Punique sujet qui m’amene en ce lieu.

» De deux extrémités j’ai choisi le milieu :

« De l’argent qu’on a pris fait de la peine à rendre :

» Mais on souffre encor plus quand on se laisse pendre i » Ainsi , soit par foiblesse , ou par bonne amitié ,

Des deux cents mille francs je rendrai la moitié.

94 le mercure galant,

» Ce sont cent raille francs que je perds ; mais qu’y faire ?

» J’aime, quand je le puis , à conclure une affaire.

» I.es Fermiers généraux , voyant ma bonne foi ,

» Mc pourront confier quelque meilleur emploi.

33 C’est ce qu’avec grand art, comme par bonté pure « 33 Il faut insinuer dans le, premier Mercure.

» Si je suis par vos soins à l’abri de la hart ,

Du butin que j’ai fait vous aurez votre part ,

53 Et cent louis....

O R O N TI

Monsieur , en m’offrant cette somme, » Vous oubücx, je crois, que je suis honnête-homme? »3 Et si je l’étois moins que je ne le prétends ,

33 Vous passeriez peut-être assez mal votre tems.

53 Vous offrez cent louis pour vous faire un asyle ,

33 F.t qui vous feroit prendre est sûr d’en gagner mille î » On les donne, on voiis cherche» H n’est rien plus certain ,

33 Et vous vous appeliez. Monsieur de Longuemaîn.

53 C’est un sensible appât qu’une somme si forte ;

>3 Je n’ai pour la gagner qu’à fermer cette porte....

33 Mais allez , sauvez-vous , et ne m’apprenez pas 33 En quel lieu le destin va conduire vos pas. a» Que sais-je si demain j’aurois encor la force 33 De pouvoir résister à cette douce amorce.

>3 îtien ne peut vous sauver, si l’on vous pousse à bout. >> Pour vous mettre en repos restituez le tout.

*» Mai» il faut vous hâter. Si vous vous laissiez prendre ,

COMÉDIE. 3 j

v» Il neseroit plus tcrns de s’offrir à tout rendre :

« On vous y forceroit , et vous seriez, pendu.

Longuemain.

*> Ne me pendrois-je pas si j’avois tout rendu ?

»Un bien de ses ayeux qu’un héritage âmene ,

» Comme il vient sans travail , peut se perdre sans peine ;

Mais un bien étranger , que le plus grand bonheur >■> Ne peut faire acquérir qu’aux dépens de l’honneur , « Un bien qui m’a coûté plus de soins et d’alarmes « Qu’à mes yeux éblouis il n’étaloit de charmes;

>9 Enfin, pour expliquer la chose comme elle est,

99 Un bien que j’/.i volé , puisque ce mot vous plaît,

>9 Quand tout est essuyé me parler de tout rendre ,

99 C’est un pire destin que de se laisser pendre.

99 Je renonce au secours d’un tel médiateur ,

>9 Et suis de vos conseils très-humble serviteur.

99 S’il faut fitre pendu ce n’est pas une affaire.

( Il sort. )

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