ORONTE, LONGUEMAIN
Longue mai n.
A vant que je me nomme, » Je crois en vous , Monsieur , trouver un honnctehomme ï
Or o n t e.
» Si vous m’cstimcz tel , quoi que vous me disiez ,
» Vous netrouverez point que vous vous abusiez.
» Croyez-en ma parole , et n’ayez aucun doute.
Longuemain.
» Etes-vous assuré que personne n’écoute i Oronte.
n Parlez sans vous contraindre , et n’appréhendez rien. Longuemain.
y> Pour vivre en honnête homme il faut avoir du bien. r> La vertu toute nue autrefois étoit belle ,
Mais le vice à son aise est aujourd’hui plus qu’elle» r> Et de quelques talons dont on soit revêtu ,
» On ne fait point fortune avec trop de vertu.
« Cela posé , j’ai cru pouvoir tout me permettre,
» Dans les divers états où l’on m’a voulu mettre.
« Dès mes plus jeunes ans, dans mes plus bas emploi», » J’ai toujours eu le soin d’étendre un peu mes doigts*
** Cette inclination augmentant avec l’âge ,
COMÉDIE
V* Dans des postes meilleurs je prenois davantage ; v> Mais tous ces petits gains , par leurs toibles appas , s) En flattant mes désirs ne les remplissoient pas.
» Si bien que tout d’un coup , l’occurrence étant belle » « De deux cents mille francs j’ai fraudé la gabelle ,
» Et vous m’obligeriez , après ce beau coup IA ,
» De donner dans !e monde un bon tour à cela.
» Quand on a comme vous une plume si bonne....
w Et quel diable de tour voulez-vous que j’y donne ?
» Après un vol si grand....
Longuimain.
Comment ! vol ? parlez mieux » Et ne vous servez point de ce terme odieux.
>ï Tant pour vous que pour moi mettez-vous dans la tête
» Que frauder la gabelle est un mot plus honnête.
» C'est me déshonorer qu’employer de tels mots.
Oxonti,
» Vous vous piquez d’honneur un peu mal A propos. »Si ce mot vous fait honte et vousscmblcunoutrage,
» L’action qui le cause en fait bien davantage.
3> Un homme tel que vous en est assez instruit.
Longue max N.
»> Quel grand mal ai-je fait pour tant faire de bruit ?
»> Quel grand mal ? Trouvez-vous qu’il soit petit?
jLoNGUEMAIN.
Sans doute*
,i LE MERCURE GALANT,
» Ce n’est au pis aller que faire banqueroute.
» Combien d'autres l’ont faite , et qui n’ont pas péri?
» Et comptez-vous pour rien l’affront du Pilori ? Longusmain.
» L’affront du Pilori me paroît quelque chose s » Je plains ceux qu’en spectacle en ce lieu l’on expose; 5> Mais combien en voit*on , banqueroutiers parfaits ,
»» Vivre du revenu des crimes qu’ils ont faits!
» Tour un à qui l’on fait ces injures atroces , v> Plus de dix à Paris , ont deux ou trois carosscs.
» Qu’un homme aitdeblcn clair jusqu’à cent mille écus» » On lui prête sans peine un million et plus:
» Chacun , ouvrant sa bourse , à sa moindre requête, Lui jette avec plaisir son argent à la tête ;
» Et quand ses créanciers redemandent leur bien ,
« L’emprunteur infidèle abandonnant le sien ,]
» A la face des loix fait un vol manifeste ,
» Et pour cent mille écus un million lui reste.
» Les gens que vous citez , dont vous suivez le train ,
« Sont l’exécration de tout le genre humain.
» Les affronts qu’on leur fait ont de si justes causes.... Longubmain.
» Trois caresses roulans rajustent bien des choses.
» Et sept cents mille francs pour trahir son devoir,
» C’est vendre son honneur tout ce qu’il peut valoir.
» A^cç et que j’ai pris comparez cette somme ,
Vous verrez que j’en use en bien plus galant hommo»
COMEDIE
îî
Pour Messieurs les Fermiers , qui font des gains si grands ,
*> Qu’est-ce , de bonne foi ! que deux cents mille francs î »» Gros Seigneurs comme ils sont ont-ils lieu de se plaindre ?
A rien de plus modique , ai- je pu me restraindre? y> Et de vuider ma caisse ayant fait un serment , y* Pouvois-jc en conscience en user autrement ?
» Mettez-vous en ma place , et pesez bien....
De grâce î
» Ne me proposez point cette odieuse place.
» Quel secours de ce crime osez vous espérer ? y Vous vous êtes fait riche , et n’osez vous montrer.
■» De vos meilleurs amis vous craignez la présence ;
V'ous étiez plus heureux avec plus d’indigence»
» Vous marchiez librement , sans peur d’être arrêté >
» Et vous avez perdu jusqu’à la liberté.
Longuemain. i ^
» Je sais un sûr moyen de me la faire rendre.
« Quel moyen?
Longvzmain.
Ecoutez, et vous l’allez apprendre?
- » C’est Punique sujet qui m’amene en ce lieu.
» De deux extrémités j’ai choisi le milieu :
« De l’argent qu’on a pris fait de la peine à rendre :
» Mais on souffre encor plus quand on se laisse pendre i » Ainsi , soit par foiblesse , ou par bonne amitié ,
Des deux cents mille francs je rendrai la moitié.
94 le mercure galant,
» Ce sont cent raille francs que je perds ; mais qu’y faire ?
» J’aime, quand je le puis , à conclure une affaire.
» I.es Fermiers généraux , voyant ma bonne foi ,
» Mc pourront confier quelque meilleur emploi.
33 C’est ce qu’avec grand art, comme par bonté pure « 33 Il faut insinuer dans le, premier Mercure.
» Si je suis par vos soins à l’abri de la hart ,
Du butin que j’ai fait vous aurez votre part ,
53 Et cent louis....
O R O N TI
Monsieur , en m’offrant cette somme, » Vous oubücx, je crois, que je suis honnête-homme? »3 Et si je l’étois moins que je ne le prétends ,
33 Vous passeriez peut-être assez mal votre tems.
53 Vous offrez cent louis pour vous faire un asyle ,
33 F.t qui vous feroit prendre est sûr d’en gagner mille î » On les donne, on voiis cherche» H n’est rien plus certain ,
33 Et vous vous appeliez. Monsieur de Longuemaîn.
53 C’est un sensible appât qu’une somme si forte ;
>3 Je n’ai pour la gagner qu’à fermer cette porte....
33 Mais allez , sauvez-vous , et ne m’apprenez pas 33 En quel lieu le destin va conduire vos pas. a» Que sais-je si demain j’aurois encor la force 33 De pouvoir résister à cette douce amorce.
>3 îtien ne peut vous sauver, si l’on vous pousse à bout. >> Pour vous mettre en repos restituez le tout.
*» Mai» il faut vous hâter. Si vous vous laissiez prendre ,
COMÉDIE. 3 j
v» Il neseroit plus tcrns de s’offrir à tout rendre :
« On vous y forceroit , et vous seriez, pendu.
Longuemain.
*> Ne me pendrois-je pas si j’avois tout rendu ?
»Un bien de ses ayeux qu’un héritage âmene ,
» Comme il vient sans travail , peut se perdre sans peine ;
Mais un bien étranger , que le plus grand bonheur >■> Ne peut faire acquérir qu’aux dépens de l’honneur , « Un bien qui m’a coûté plus de soins et d’alarmes « Qu’à mes yeux éblouis il n’étaloit de charmes;
>9 Enfin, pour expliquer la chose comme elle est,
99 Un bien que j’/.i volé , puisque ce mot vous plaît,
>9 Quand tout est essuyé me parler de tout rendre ,
99 C’est un pire destin que de se laisser pendre.
99 Je renonce au secours d’un tel médiateur ,
>9 Et suis de vos conseils très-humble serviteur.
99 S’il faut fitre pendu ce n’est pas une affaire.
( Il sort. )