SCENE I I
CHIMENEfELVIKE*
Ëntik je me vois libre, et je puis, sans contrainte.
De mes vives douleurs te foire voir l'atteinte v Je puis donner passage à nxes tristes soupirs , Je puis t'ouvrir mon ame et tous mes déplaisirs.
Mon pcrc est mort , Elvire , et la première épéc Dont s'est armé Rodrigue, a sa trama coupée...» pleurez, pleurez , mes yeux , et fendez-vous en eau^ La moitié de ma vie a mis T autre au tombeau « Et m*obIîge à venger, après ce coup funeste , * Celle que je n'ai plus sur celle qui me reste.
, Elvire.
Reposez>vou$ , Madame.
Ah ! que mal-à-propos.
Dans an malheur si grand , tu parles de repos !
Par où sera jamais ma douleur apaisée , Si je ne puis haïr la main qvH Ta causée ?
TRAGÉDIE. 47
Et que t>iiis-je espérer qa*Qn tonnsent étemel t
Si ja pouxsuis un crime > aiaianc le criminel î
il vous prive d'un perc , et vous Taimcz encore j
C'est peu, de dire aimer » Elvire, je Tadore ! Ma passion s'oppose à mon ressentiment :
Dedans mon ennemi je'Crou;vê mon amants Bt je sens qu'en dépit de toute ma colère y Bodcigue dans mon cceur combat encor mon perc. U l'attaque > il le presse» il cède, il se défend» Tantôt fort , tantôt foiblc , et tantôt triomphant » Mais« en ce dur combat de colère et de âamme» n déchire mon coeur -sans partager mon ame » Et quoique mon amour ait sur moi du pouvoir » Je ne consulte point pour suivre mon devoir»
îe cours «ans Imlancer où mon honneur m'oblige.; Rodrigue m'est bien cher , son intérêt m'afflige : Mon coeur prend son parti; mais, malgré son effort i le sais ce que je suis, et que mon pcre est mort,
Pense&-vous le ponrsoivte i ^'
Ah i cruelle pensée »
Et crueUe poursuite ou je me vois forcée !
Je denunde sa tête, et crains de l'obtenir :
Ma mort suivra la sienne, et je le veux punir.
Quittex, quittex. Madame, un dessein si tragiqnei
He vous imposex point de M ti tyrantUque.
Quoi 1 j'aurai vu mourir mon pere entre mes braSf Son sang criera vengeance , et je ne l'aurai pas ! Mon cœur, honteusement surpris par d'autres charmeif Croira ne lui devoir que d'impuissantes larmes i Et je pourrai souffrir qu'un amour suborneur Dans un lâche silence étouffe mon honneur !
Madame , croyez-moi , vous serez excusable De conserver pour vous un homme incomparable 4 Un amant si chéri i-vous stvez assez Ait, Vous avez vu le Roi , n'en pressez point d'eflFct i Ke vous obsânez (loittt tn eeito humeur étrange»
C fr î M s N E.
Il y va de ma gloire, il faut que je me venge; £t , de quoi que nous flatte un désir amouréttx »
Toute excuse es( honteuse aux esprits généreux»
«Mais voua aimez Rodrigue i il ne vous peut déplaire.
Ckimbns.
Te i'avoue* «
Après tout , que pensez-vous donc fSûre I
Pour conserver ma gloire et finir mon ennui » Le poursuivre > le perdre > et mourir âprte lui.