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Chefs-d'oeuvre de Bossuet

Bossuet (Jacques-Bénigne) rit le jour à Dijon, en 4627, d'une famille de robe, noble et ancienne. Il laissa voir dès son '^nfauce tout ce qui devait lui attirer dans la suite l'admiration publique. U fut, dit-on, d'abord destiné au barreau et au mariage. Ceux qui tirent vanité de savoir les secrets des familles, assurent qu'il y But un contrat entre lui et mademoiselle Desvieux, fille d'esprit et de mérite, et son amie dans tous les temps ; mais ce contrat n'a jamais existé. Bossuet, après ses premières études, vint à Paris en 4642, et reçut le bonnet de docteur de Sorbonne en 4652. De retour à Metz, où il était chanoine, il s'attacha à former son esprit et son coeur. Il s'appliqua à l'instruction des protestants», et en ramena plusieurs à la religion catholique. Ses succès eurent de l'éclat. On l'appela à Paris pour remplir les chaires les plus brillantes. La reine-mère, Aune d'Autriche, son admiratrice, lui ùi

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donner, à l'ftere de 34 ans , l' Avant de la cour en 1661, et le Carême en IGGi. Le roi tut si enchanté du jeune prédicateur, qu'il fit écrire en son nom à son père , intendant de Soissons, pour le féliciter d'avoir un fils qui l'immortaliserait. Son Carême de 1666, son Avent de 1668, prêché pour confirmer le maréchal de Turenne, nouvellement réoni à l'Église catholique, lui valurent l'évêché de Condom. Le roi lui confia bientôt l'éducation de monseigneur le Dauphin ; il prêta lé serment accoutumé le 23 septembre 1670. Un an après il se démit de l'évêché de Condom, ne croyant point pouvoir garder une épouse avec laquelle il ne vivait pas. Ce fut vers ce temps qu'il prononça l'Oraison funèbre de Madame, morte si subitement, au milieu d'une Cour brillante, dont elle était la gloire elles délices. Personne ne posséda mieux que lui le talent de faire passer avec rapidité dans l'âme de ses auditeurs, le sentiment profond dont on est pénétré. A ces paroles ; a 0 nuit désastreuse , nuit effroyable ! où retenfit tout-à-coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : «Madamt se meurt ! Madame est morte ! » toute la cour fondit en larmes. Le pathétique et le sublime éclatent également dans ce discours, comme dans plusieurs morceaux de ses Oraisons funèbres. Ce grand homme avait un talent supérieur pour ce genre qui demande beaucoup d'élévation dans l'esprit et dans le style , une sensibilité rare pour le grand, un génie qwi saisisse le vrai, de grandes idées, des traits vifs et rapides ; c'est là le caractère de l'éloquence de Bossuet. Cette mâle vigueur de ses Oraisons fune-^ bres, il la transporta dans son Discours sur l'Histoire universelle, composé pour son élève. On ne peut se lasser d'admirer la rapidité avec laquelle il décrit l'élévation et la chute des empires, lëé' causes de leurs progrès et celles de leur décadence, les desseins secrets de la Providence sur les hommes; les ressorts cachés qu'elle feit jouer dans le cours des choses humaines. C'est un spectacle des plus gi'ands, des plus magnifiques et des plus v^riês'que Vél6 quence ait donné à b religion et à la philosophie. Les soins que Bossuet s'étf^it donnés pour l'éducation du Dailphîn, furent réeompensés par la charge de promiAr aumônier de madame td

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Dauphine en 1680, et par l'évêché de Meaux en 1681. Tl fut honoré, en 1697, d'une charge dq conseiller d'état; qt ^' année d'après de celle de premier aumônier de madame la duchesse de Bourgogne. Une affaire d'éclat, à laquelle il eut beaucoup de part, fixait alors les yeux du public sur lui. Fénélon, archevêque de Cambrai, venait de publier son livre de l'Explication des maxi' mes des Saints, sur la vie intérieure. Bossuet, qui voyait dans cet ouvrage des restes du molinosisme , s'éleva contre lui dans des écrits réitérés. Ses ennemis attribuèrent ces productions à la jalousie que lui inspirait Fénélon ; et ses amis, à son zèle contre les nouveautés. Quelques motifs qu'il eût, il fut vainqueur ; mais si sa victoire sur l'archevêque de Cambrai lui fut glorieuse , celle que Fénélon remporta sur lui-même, le fut davantage. On peut juger de la vivacité avec laquelle il se montra dans cette querelle, par ce trait, a Qu'auriez-vous fait si j'avais protégé M. de Cambrai? lui demanda un jour Louis XIV. — Sire, répondit Bossuet, j'aurais crié vingt fois plus haut : quand on défend la vérité , or est assuré de triompher tôt ou tard... » Il répondit au même prince, qui lui demandait son sentiment sur les spectacles : a II y a de grands exemples pour, et des raisonnements invincibles contre. Il fut aussi zélé pour l'exactitude de la morale que pour la pureté de la foi. Le grand Arnauld ayant fait l'apologie de la satyre sur les femmes, de Despréaux, son ami et son panégyriste ; l'évêque de Meaux dé» cida , sans hésiter, que le docteur n'avait pas poussé la sévérité assez loin. Il condamna la satyre en général, comme incompatible avec la religion chrétienne, et celle des femmes en particulier. li déclara que celle-ci était contraire aux bonnes mœurs, et tendait à détourner du mariage, par les peintures qu'on y fait de la corruption de cet état... Ses mœurs étaient aussi sévères que sa morale. Tout son temps était absorbé par l'étude, ou par les travaux de son ministère , prêchant, catéchisant, confessant. Il ne se permettait que des délassements fort courts. Il ne se promenait que rarement, même dans son jardin. Son jardinier lui dit un jour : « Si je plantais des saint Augustin et des saint Chrysostôme, vous les viendriez voir ; mais pour vos arbres , vous ne vous en souciez guère...

IV NOTICE SUK B0S8URT.

On l'a accusé de n'avoir point eu assez d'art dans la controverse, pour cacher sa supériorité aux autres. Il était impétueux dans la dis* pute ; mais il n'était point blessé qu'on y mtt la même chaleur que lai. Ce grand homme tut enlevé à son diocèse, à la France et k l'Église, en 1704, à l'âge de 77 ans.

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