DISC0UP
judaïque, où tout éloit purifié par le sang, l'aguoau même qu'on iminoloit à la solennité principale, c'esl-à-dire à celle de Pâques, en mémoire de la délivrance du peuple : tout cela nesig'nifioit autre cîiose que le Christ sauveur par son sang de tout le peuple de Dieu.
Jusqu'à ce qu'il fût venu, Moïse devoit être lu dans toutes les assemblées comme l'unique législateur. Aussi voyons-nous, jusqu'à sa venue, que le peuple, dans tous les temps et dans toutes les difficulîés, ne se fonde que sur JMoïse. Gomme Rome révéroit les lois de Romulus,<ie Numa, et des Douze Tables; comme Athènes recouroit à celles deSoîoa; comme Lacédémone conservoitet rcspectoit celles de Lycurcuc, le peuple hébreu alléguoit sane cesse celles de Moïse. Au reste, le législateur y avoit si bien réglé toutes choses, que jamais on n'a eu besoin d'y rien changer. C'est pourquoi le corps du droit judaïque n'est pas un recueil de diverses lois faites dans des temps et dans des occasions différentes. Moïse, éclairé de l'esprit de Dieu, avoit tout prévu. On ne voit point d'ordonnance ni de David, ni de Salomon, ni de Josaphat, ou d'Ézéchias, quoique tous très zélés pour la justice. Les bons prii:ces n'avoient qu'à ûiire observer la loi de Moïse, et se contentoient d'en recommander l'observance à leurs successeurs '. Y ajouter ou en retrancher un seul article ' était un attentat que le peuple eût regardé avec horreur. On avoit besoin de la loi à chaque moment pour régler, non-seulement les fêtes, les sacrifices, les cércmionies, mais encore toutes les autres actions publiques et particulières, les jugements, les contrats, les mariages, les successions, les funérailles, la forme des habits, et en général tout ce qui regarde les mœurs. Il n'y avoit point d'autre livre où on étudiât les préceptes de la bonne vie. Il falloit le feuilleter et le méditer nuit et jour, en recueillir des sentences, les avoir toujours devant les yeux. C'étoit là que les enfants apprcnoient à lire. La seule règle d'éducation qui étoit donnée à leurs parents étoit de leur apprendre, de leur inculquer, de leur faire observer cette sainte loi, qui seule pouvait les rendre sages dès l'enfance. Ainsi elle devoit être entre les mains de tout le monde. Outre la lecture assidue que chacun en devoit faire en particulier, on en faisoit tous les sept ans, dans l'année solennelle de la rémission et du repos, une lecture publique, et comme une nouvelle publication, à la fête des Tabernacles ", où tout le peuple étoit assemblé du-
lUl. Reg. n,etc.-2DEUT.iv.9 X!j.S2, ctc.-3 y6.sxxi.l0.ll.Escl.viii.l7,lS.
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îanf îiiùt jours. Moïse fit déposer auprès de l'Arche l'original de la loi ' : mais de peur que, dans la suite des temps, elle ne fût altérée par la malice ou par la négligence des hommes, outre les copies qui couroient parmi le peuple, on en faisoit des exemplaires authentiques, qui, soigneusement revus et gardés par les prêtres et les lévites, fenoient lieu d'originaux. 'Les rois {car Moïse avoit bienpréMi que ce peuple voudroit enfin avoir des rois comme tous les autres), les rois, dis-je, étoient obligés, par une loi expresse du Deutcronomc ', à recevoir des mains des préires un de ces exemplaires si religieusement corrigés, afm qu'ils le transcrivissent, et le lussent toute leur vie. Les exemplaires ainsi revus par autorité publique étoient en singulitire vénération à tout le peuple : on les regardoit comme sortis iraraédiaienient des mains de Moïse, aussi purs et aussi entiers que Dieu les lui avoit dictés. Un ancien volume de cette sévère et religieuse correction ayant été trouvé dans la maison du Seigneur, sous !e règne de Josias ^, et peut-être étoit-ce l'original même que Moïse avoit fait mettre auprès de l'Arche, excita la piété de ce saint roi, et lui fut une occasion de porter ce peuple h la pénitence. Les grands effets qu'a opérés dans tous les temps la lecture publique de cette loi sont innombrables. En un mot, c'était un livre parfait, qui, étant joint par Moïse à l'histoire do peuple de Dieu, lui apprenoiJ tout ensemble son origine, sa religion, sa police, ses mœurs, sa philosophie, tout ce qui sert à régler la vie, tout ce qui mrn et fonne la société, les bons et les mauvais exemples, la rëccmpcnse des uns, et les châtiments rigoureux qui avoient suivi les autres.
Par cette admirable discipline, un peuple sorti d'esclavage, et tenu quarante ans dans un désert, arrive tout formé à la terre qu'il doit occuper. Moïse le mène à la porte, et, averti de sa fin prochaine, il commet ce qui reste à faire à Josué 4. Mais avant que de mourir, il composa ce long et admirable cantique qui commence paï' ces paroles ^ : a 0 cieux, écoutez ma voix ! que la « terre prête l'oreille aux paroles de ma bouche. » Dans ce silence de toute la nature, il parle d'abord au peuple avec une force inimitable, cl, prévoyant ses infidélités, il en découvre l'horreur. Tout d'un coup il sort de lui-même, comme trouvant tout discours humain au-dessous d'un sujet si grand : il rapporte ce que Dieu dit, et le fait parler avec tant de hauteur et tant de bonté, qu'on
» Deut. XXXI. 20.— a lôid. XVII. 18. — 3 IV. Reg. XXII. 8, etc. II. Par. ïxîîv. 14, etc.— 4 lôid. xxxi. — ô lôi'd. sxxir.
ne sait ce qu'il inspire de plus, ou la crainte et la confusion, ou l'amour oX la condance.
Tout le peuple apprit par cœur ce divin cantique, par ordre u<: Dieu et de Moïse ^. Ce grand homme, après cela, mourut content, comme un homme qui n'avoit rien oublié pour conserver parmi les siens la mémoire des bienfaits et des préceptes de Dieu. Il laissa ses enfants au milieu de leurs citoyens, sans aucune distinction et sans aucun établissement extraordinaire. Il a été aamiré non-seulement de son peuple, mais encore de tous les peuples du monde ; et aucun législateur n'a jamais eu un si gi-ana' nom parmi les hommes.
Tous les prophètes qui ont suivi l'ancienne loi, et tout ce qu u y a eu d'écrivains sacrés, ont tenu à gloire d'être ses disciples. Eu effet, il parle en maître : on remarque dans ses écrits un caractère tout particulier, et je ne sais quoi d'original qu'on ne trouve en nul autre écrit : il a dans sa simplicité un sublime si majestueux, que rien ne le peut égaler ; et si, en entendant les autres prophètes, on croit entendre des hommes inspirés de Dieu, c'est pour ainsi dire Dieu môme en personne qu'on croit entendre dans la voix et dans les écrits de Moïse.
On tient qu'il a écrit le livre de Job. La sublimité des pensc'cs et la majesté du style rendent cette histoire digne de Moïse. De peur que les Hébreux ne s'enorgueillissent, en s' attribuant à eux seuls la grâce de Dieu, il étoit bon de leur faire entendre qu'il avoit eu ses élus, même dans la race d'Esaù. Quelle doctrine étoit plus importante? et quel entretien plus utile pouvoit donner Moïse au peuple affligé dans le désert, que celui de la patience de Job, qui, livré entre les mains de Satan pour être exercé par toute sorte de peines, se voit prive de ses biens, de ses enfants et de toute consolation sur la terre ; incontinent après frappé d'une horrible maladie et agité au-dedans par la tentation du blasphème et du désespoir, qui néanmoins, en demeurant ferme, fait voir qu'une âme fidèle, soutenue du secours divin, au milieu des épreuves les plus effroyables, et malgré les plus noires pensées que l'esprit malin puisse suggérer, sait non seulement conserver une conliauce invincible, mais encore s'élever par ses propres maux à la plus haute contemplation, et reconnoître, dans les peines qu'elle eudure, avec le néant de l'homme, le suprême empire de Dieu e>
1 Deut. XXXI. i9, 22.
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sa sagesse infinie? Voilà ce qu'enseigne le livre de Job \ Pour garder le caractère du temps, on voit la foi du saint homme couronnée par des prospérités temporelles ; mais cependant le peuple de Dieu apprend à counoître quelle est la vertu des souffrances, et à goûter la grâce qui devoit un jour être attachée à la croix.
Moïse l'avoit goûtée-, lorsqu'il préféra les souffrances et l'ignominie qu'il falloit subir avec son peuple aux délices et à l'abondance de la maison du roi d'Egypte =". Dès-lors Dieu lui fit goûter les opprobres de Jésus-Christ^. Il les goûta encore davantage dans sa fuite précipitée et dans son exil de quarante ans. Mais il avala jusqu'au fond le calice de Jésus-Christ, lorsque, choisi pour sauver ce peuple, il lui en fallut supporter les révoltes continuelles, où sa vie étoit en péril 4. H apprit ce qu'il en coûte à sauver les enfants de Dieu, et lit voir de loin ce qu'une plus haute délivrance devoit un jour coûter au Sauveur du monde.
Ce grand homme n'eut pas même la consolation d'entrer dans la Terre-Promise : il la vit seulement du haut d'une montagne, et n'eut point de honte d'écrire qu'il en étoit exclu par une incrédulité ^, qui, toute légère qu'elle paroissoit, mérita d'être châtiée si sévèrement dans un homme dont la grâce étoit si éminente. Moïse servit d'exemple à la sévère jalousie de Dieu, et p.u jugement qu'il exerce avec une si terrible exactitude sur ceux que ses dons obhgent à une fidélité plus parfaite.
Mais un plus haut mystère nous est montré dans l'exclusion de Moïse. Ce sage législateur, qui ne fait pas tant de merveilles que de conduire les enfants de Dieu dans le voisinage de leur terre, nous sert lui-même de preuve que sa loi ne mené rien à la periection ^; et que, sans nous pouvoir donner l'accomplissement des promesses, elle nous les fait saluer de loin t, ou nous conduit tout au plus comme à la porte de notre héritage. C'est un Josué, c'est un Jésus (car c'étoit le vrai nom de Josué), qui, par ce nom et par son office, représentoit le Sauveur du monde ; c'est cet homme si fort au-dessous de Moïse en toutes choses, et supérieur seulement par le nom qu'il porte ; c'est lui, dis-je, qui doit introduire le peuple de Dieu dans la terre-Sainte.
Par les victoires de ce grand homme, devant qui le Jourdain
« Job xriii. 15.XIV. 14, 15.xvi. 21. xix. 25. etc.— ^Exod. u. 10> il. 15, — 3 Hebr. x(. 2'i, 25, 26.— 'j NuM. xiv. 10.— 5 loid, îx, 13.— c UenB. vu. 19.— 7 iOid. XI. 13,
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retourne en aD-ièrc, les murailles de Jériclio tombent d'ellesmêmes, et le soleil s'arrêfc au milieu du ciel, Dieu établit ses enfants dans la terre de Clianaan dont il chasse par même moyen des peuples abominables. Par la haine qu'il donnoit pour eux à ses fidèles, il îenr inspiroit un extrême cloignement de leur impiété ; et le ckMiment, qu'il en Ht par leur ministère les remplit eux-mêmes de crainte pour la justice divine dont ils exécutoient les décrets. Une partie de ces peuples, que Josué chassa de leur terre, s'établirent en Afrique, oij l'on trouva longtemps après, da.ns une inscription ancienne ', le monument de leur fuileet des victoires de Josué. Après que ces victoires miraculeuses eurent mis les Israélites en possession de la plus grande partie de la terre promise à leurs pères, Josué, et Élcazar, souverain pontife, avec les chefs des douze tribus, leur en firent le partage, selon îa loi de Moïse ', et assignèrent à la tribu de Juda le premier et le plus grand lot ^. Dès le temps de Moïse, elle s'étoit élevée au-dessus des autres en nombre, en courage et en dignité 4. Josué mourut, et le peuple continua la conquête de la terre-Sainte. Dieu voulut que la tribu de Juda marchât à la tête, et déclarât qu'il avoit livré le pays entre ses mains ^. En ciht, elle défit les Ghananéens, et prit Jérusalem ^, qui devoit être la cité sainte et la capitale du peuple de Dieu. G'étoit l'ancienne Salem, où Melchisédech avoit régné du temps d'Abraham ; IMclchisédech ce roi de justice (car c'est ce que veut dire son nom) et en même temps roi de paix, puisque Salem veut dire prt/j: i, qu'Abraham avoit reconnu pour le plus grand pontife qui fût au monde, comme si Jérusalem eût été dès lors destiné^ à être une ville sainte, et le chef de îa religion. Cette ville fut donnée d'abord aux enfants de Benjamin, qui, foibleset en petit nombre, ne purent chasser les Jébuséens, anciens habitants du pays, et demeurèrent parmi eux ^. Sous les juges, le peuple de Dieu est diversement traité, selon qu'il fait bien ou mal. Après la mort des vieillards qui avoient vu les miracles de la main de Dieu, la mémoire de ces grands ouvrages s'affoibîit, et la pente universelle du genre humain entraîne le peuple à l'idolâtrie. Autant de fois qu'il y tombe, il est puni ; autant de fois qu'il se repent, il est délivré. La foi de la Providence, et la
yérité des promesses et des menaces de Moïse se confirme de plus # I Procop. (leUcU. Vand. lib. ii. — a Jos. xiii. xiv et seq. Num. xxvi. 53. XXIV. 17.— 3 Ibid. XIV. XV.— 4Ndm. it. 3, 9. vu. 12. X. 14. I. Parai. V. 2. — 5 Jdpic. I. 1, 2.— 0 Ibid 4, 8.— 7 Hebu. vu. 2.— 8 /od, i. 21,
5UU l'histoire LNIVER5ELLE. lil
en oîns dans le cœur des vrais fidcles. îtlais Dieu en préparoit encore de plus grands exemples. Le peuple demanda nnroi, etDie'i lui donna Saûl, bientôt rcorouvc pour ses pécliés : il résolut enfin d'établir une famille royale, d'où le Messie sorîiroit, et il la choisit dans Juda. David, un jeune berger sorti de cette tribu, 'e dernier des enfants do Jessé, dont son père ni sa famille ne counoissoit pas le lïiérite, mais que Dieu trouva selon son cœur, fut sacré par Samuel dans Bethléem, sa patrie '.,