‹ Chefs-d'œuvre de BossuetChapitre 21 sur 70 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Lî. vie otlp. ministère propbétique • les jugements de T/ieu déclarés par les

prophéties.

Il n'y a rien de plus remarquable, dans l'histoire du peuple de Dieu, que ce ministère des prophètes. On voit des hommes séparés du reste du peuple par une vie retirée, et par un habit particulier 5 : ils ont des demeures où on les voit vivre dans une espèce de communauté, sous un supérieur que Dieu leur donnoit ^ Leur

.R. Rp.a. XVII. 6, 7ctseq.-^ToB. 1. 5,6,7.-3 ié/d. n. 12, 21, 22. — 4 IV. "eg. xvii. 19. Xïin. 26, 27. II. Par. xxxvi. 15. Jer. xxix. J9. — 5 I. lùid. xxvm. i4. m. lôid. ;.iî. 19. lY. làid. i. 8. Is. xx. 2. Zacj. ziii. 4. — « I. Reg X. 10. XIX. 19, 20. III. 10; (I. xvui. lY- lOid. n. 3, 15. 18,19, 2a. IV. 10, 58. va. i, 2,

■vie pauvre et pénitente étoit la fip^ure de la mortification, qui devoit être annoncée sous l'Évangile. Dieu se communiquoit à eux d'une façon particulière, et foisoit éclater aux yeux du peuple cette merveilleuse communication : mais jamais elle n'éclatoit avec tant de force que durant les temps de désordre où il sembloit quel 'idolâtrie alloit abolir la loi de Dieu. Durant ces temps malheureux les prophèxes faisoient retentir de tous côtés, et de vive voix et par ( l'it, les menaces de Dieu, et le témoignage qu'il rendoienl à sa vérité. Les écrits qu'ils faisoient étoient entre les mains de tout le peuple, et soigneusement conservés en mémoire perpétuelle aux siècles futurs '. Ceux du peuple qui demeuroient fidèles à Dieu s'unissoient à eux ; et nous voyons même qu'en Israël, où régnoil l'idolâtrie, ce qu'il y avoit de fidèles célébroit avec les prof^ètes le sabbat et les fêtes établies par la loi de Moïse '.G'étoienteux qui cncourageoient les gens de bien à demeurer fermes dans l'alliance. Plusieurs d'eux ont souffert la mort ; et on a vu à leur exemple, dans les temps les plus mauvais, c'est-à-dire dans le règne même de Manassès ^, une infinité de fidèles répandre leur sang pour la vérité, en sorte qu'elle n'a pas été ud seul moment sans témoignage.^

Ainsi la société du peuple de Dieu subsistoit toujours : les prophètes y demeuroient unis : un grand nombre de fidèles persistoit hautement dans la loi de Dieu avec eux, et avec les pieux sacrificateurs, qui persistoient dans les observances que leurs prédécesseurs, à remonter jusqu'à Aaron, leur avoient laissées. Dans les règnes les plus impies, tels que furent ceux d'Achaz et de Manassès, Isaïe et les autres prophètes ne se plaignoient pas qu'on eût interrompu l'usage de la circoncision, qui étoit le sceau de l'alliance, et dans laquelle étoit renfermée, selon la doctrine de saint Paul, toute l'observance de la loi. On ne voit pas non plus que les sabbats et les autres fêtes fussent abolis : et si Achaz ferma durant quelque temps la porte du temple •*, et qu'il y ait eu quelque interruption dans les sacrifices, c'étoit une violence qui ne fermoit pas pour cela la bouche de ceux qui louoient et confessoicnt publiquement le nom de Dieu ; car Dieu n'a jamais pei-mis que cette voix fôt éteinte parmi son peuple : et quand Aman entreprit de détruire l'héritage du Seigneur, changer ses promesses et faire

» ExoD. xvis. l/i. Is. XXX. 8. XXXIV. IG. Jïïn. xxii. 30. xxv:, 5, 11 . xxxvi. Il- Par. xxxvi. 22. î. Esc i. i. Dan. ix. 2. — ■' IV. Ueg. iv. r^- — 3 iOid. %\l. 16. — 1 II. Pau.u, xxviii. 24,

SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE. iSÎ

cesser ses loaanges ', on sait ce que Dieu fit pour l'empêcher. IJSig puissance ne parut pas moins lorsqu'Antioclius voulut abolir la religion. Que ne dirent point les prophètes à Acbaz et à Manassès, pour soutenir la vérité de la religion et la pureté .'u culte? Les paroles des voyants qui leur parloîent au nom du Hceu d'Israël étaient écrites, comme remarque le texte sacré, dans l'histoire de ces rois ». Si Manasès en fut touché, s'il fit pénitence, on ne peut douter que leur doctrine ne tînt un grand nombre de fidèles dans l'obéissance de la loi ; et le bon parti étoit si fort, que, dans le jugement qu'on portoit des rois après leur mort, on déclaroit ces rois impies indignes du sépuicre de David et de leurs pieux prédécesseurs. Car, encore qu'il soit écrit qu'Achaz fut en-'erré dans la cilé de David, l'Écriture marque expressément qu'on ne le reçut pas dans le sépulcre des rois d'Israël ^. On n'excepta pas Manassès de la rigueur de ce jugement, encore qu'il eût fait pénitence, pour laisser un monument éternel de l'horreur qu'on avoit eue de sa conduite. Et afin qu'on ne pense pas que la multitude de ceux qui adhéroient publiquement au culte de Dieu avec les prophètes fût destituée de la succession légitime de ses pasteurs ordinaires, tzéchiel marque expressément, en deux endroits 4, les sacrificateurs et les lèviles, enfants de Sadoc, qui, dans la temps d'égarement, avaient persisté dans l'observance des cérè' manies du sanctuaire.

Cependant, malgré les prophètes, malgré les prêtres fidèles, et le peuple uni avec eux dans la pratique de la loi, l'idolâtrie qui avoit ruiné Israël entraînoit souvent, dans Juda même, ctleâ princes et le gros du peuple. Quoique les rois oubliassent le Dieu de leurs pères, il supporta longtemps leurs iniquités, à causa de David son serviteur. David est toujours présent à ses yeux. Quand les rois enfants de David suivent les bons exemples de leur père, Dieu fait des miracles surprenants en leur faveur : mais ils sentent, quand ils dégénèrent, la force invincible de sa main, qui l'appesantit snr eux. Les rois d'Egypte, les rois de Syrie, et surbut les rois d'Assyrie et de Babylone, servent d'instrument à sa ^engeance. L'impiété s'augmente, et Dieu supcite en Orient uh, roi plus superbe et plus redoutable que tous ceux qui avoient paru jusqu'alors : c'est Nabuchodonoser, roi de Babylone, le plus terrible des conquérants. Il le montre de loin aux peuples et aux ?ois

» Esxn. xîv. 9. — a II. PiiAL. ïSïîu. 18. — s lOid. .\\vui. 27.— 4 Eïeco.

JU.IX, l=^.\Î.VIII.lî.

comme le vengeur desliné à les punir'. Il approche, et la frayeut marche devant lui. Il prend une première lois Jérusalem, et transporte à Bahylonc une partie de ses hahitants '. N». ceux qui reste n> dans le pays, ni ceux qui sont transportés, quoique avertis, les uns par Jérémie et les autres par Ëzéchiel, ne font pénitence. IIj préfèrent à ces saints prophètes des prophètes qui Leur prêchoient des Ulusions ', et les flattoient dans leurs crimes. Le vengeur revient en Judée, et le joug de Jérusalem est aggravé ; mais elle n'est pas toul-à-fait détruite. Entln, l'iniquité vient à son comble; l'orgueil croît avec la foiblesse, et Nabuchodonosor mer tout en poudre ^.

Dieu n'épargna pas son sanctuaire. Ce beau temple, l'ornement du monde, qui devoit être éternel si les enfants d'Israël eussent persévéré dans la piété ^, fut consumé par le feu des Assyriens. C'étoit en vain que les Juifs disoient sans cesse : Le temple de Dieu, le temple de Dieu, le temple de Dieu est parmi nous <" ; comme si ce temple sacré eût du les protéger tout seul. Dieu avoit résolu de leur faire voir qu'il n'étoit point attaché à un édifice de pierre, mais qu'il vouloit trouver des cœurs fidèles. Ainsi il détruisit le temple de Jérusalem, il en donna le trésor au pillage ; et tant de riches vaisseaux, consacrés par les rois pieux, furent abandonnés à un roi impie.

Mais la chute du peuple de Dieu devoit être l'instruction de tout l'univers. Nous voyons en la personne de ce roi impie, et ensemble victorieux, ce que c'est que les conquérants. Ils ne sont pour la plupart que des instruments de la vengeance divine. Dieu exerce par eux sa justice, et puis il l'exerce sur eux-mêmes. Nabuchodonosor, revêtu de la puissance divine, et rendu invincible par ce ministère, punit tous les ennemis du peuple de Dieu. Il ravage les Iduméens, les Ammonites et les Moabites ; il renverse les rois de Syrie : l'Egypte, sous le pouvoir de laquelle la Judée avoit tant de fois gémi, est la proie de ce roi superbe, et lui devient tributaire 7 : sa puissance n'est pas moins fatale à la Judée même, qui ne sait pas profiter des délais que Dieu lui donne. Tout tombe, tout est abattu par la justice divine, dont Nabuchodonosor est le ministre : il tombera à son tour ; et Dieu, qui emploie la main de

« jER.xxv.etc. EzEca.Tjvi, etc. — » IV. Reg. xxiv.t. II. Par.ïxxvi. 5. 6. — 3 JER. XIV. U. — 4 lY.llEG. XXV.— i m. lôid.n. 3. IV. I^:d. xxi. 7. 8. -. 6 Jeu, vii. 4. — 7 lY. I\cg. xxiv. 7,

sua l'histoire universelle, dbS

ce prince pour châtier ses enfants et abattre ses ennemis, le réserve à sa main toute puissante.

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