CHAPITRE IX
Oien, prêt à faire cesser les prophéties, répand ses lumières plus abondamment que jamais.
Dieu, qui fait tout en son temps, avoic choisi celui-ci pour faire cesser les voies extraordinaires, c'est-à-dire les prophéties, dans son peuple désormais assez instruit. Il restoit environ cinq cents ans jusque aux jours du Messie. Dieu donna à la majesté de son fils de faire taire les prophètes durant tout ce temps, pour
« ESDR, II. C2. — a II, Esoa. 1.8, VIII, IX. — 3 1. EsoB. i.l.
458 DtSCOUHS
leoir son peuple en attente de celui quidevoit être Taccomplissô» ment de tous leurs oracles.
Mais vers .h ^in des temps où Dieu avoit résolu de mettre fin aux prophéties, li sembloit qu'il vouloit répandre toutes ses lumières, et découvrir tous les conseils de sa providence , tant il exprima clairement les secrets des temps à venir.
Durant la captivité, et surtout vers les temps qu'elle alloit finir, Daniel, révéré pour sa piété, même par les rois infidèles, et employé pour sa prudence aux plus grandes aliaires de leur état ' , vit par ordre, à diverses fois, et sous des figures différentes, quatre monarchies sous lesquelles dévoient vivre les Israélites'. Il les marque par leurs caractères propres. On voit papser comme un torrent l'empire d'un roi des Grecs : c'étoit celui d'Alexandre. Par sa chute on voit établir un autre empire moindre que le sien, et affoibli par ses divisions ^ : c'est celui de ses successeurs, parmi lesquels il y en a quatre marqués dans la prophétie 4. Antipater , Séleucus, Ptolomée et Antigonus sont visiblement désignés. Il est constant par l'histoire qu'ils furent plus puissants que les autres , et les seuls dont la puissance ait passé à leurs enfants. On voit leurs guerres, leurs jalousies et leurs alliances trompeuses; la dureté et l'ambition des rois de Syrie ; l'orgueil et les autres marques qui désignent Antiochus l'Illustre, implacable ennemi du peuple de Dieu ; la brièveté de son règne , et la prompte punition de ses excès ^. On voit naître enfin sur la fin, et comme dans le sein de ces monarchies, le règne du Fils de l'homme. A ce nom vous reconnoissez Jésus-Christ ; mais ce règne du Fils de l'homme est encore appelé le règne des saints du Très-Haut. Tous les peuples sont soumis à ce grand et pacifique royaume : l'éternité lui est promise, et il doit être le seul dont la puissance ne passera pas â un autre empire e.
Quand viendra ce Fils de l'homme et ce Christ tant désiré, et comment il accomplira l'ouvrage qui lui est commis, c'est-à-dire la rédemption du genre humain, Dieu le découvre manifestement à Daniel. Pendant qu'il est occupé de la captivité de son peuple dans Babylone, et des soixante-dix ans dans lesquels Dieu avoit voulu la renfermer, au milieu des vœux qu'il fait pour la délivrance de ses ftrères, il est tout-à-coup élevé à des mystères plus
« Dan. n, m, v, viii. 27. — a Ibid. 11, vu, vin, x, xi. — 3 Id. vu. 6. viii. 41, 22,— * Id. vin. 8.-5 Jd. XI. — 0 Id. n. 44, 45. vu. 13, 14, 27.
SUR l'histoire universelle. ISÔ
hauts. Il voit un autre nombre d'années et une autre délivrance bien plue importante. Au lieu des septante années prédites par Jérémie, il voit septante semaines, à commencer depuis l'ordonnance donnée par Artaxerxe à la longue main, la vingtième année de son règne, pour rebâtir la ville de Jérusalem ' , Là eit marquée en termes précis, sur la fin de ces semaines, la rémission des péchés, le règne éternel de la justice, l'entier accomplisse^ ment des prophéties, et l'onction du Saint des saints ». Le Christ doit faire sa charge, et paroître comme conducteur du peuple après soixante-neuf semaines. Apres soixante-neuf semaines (car le prophète le répète encore) le Christ doit être mis à mort ^ : il doit mourir de mort violente ; il faut qu'il soit immolé pour accomplir les mystères. Une semaine est marquée entre les autres, et c'est la dernière et la soixante-dixième : c'est celle où le Christ îera immolé, où l'alliance sera confirmée, et au milieu de laquelle Vhostie et les sacrifices seront abolis ^, sans doute, par la mort du Christ ; car c'est ensuite de la mort du Christ que ce changement est marqué. Après cette mort du Christ et l'abolition des sacrifices, on ne voit plus qu'horreur et confusion : on voit la ruine de la cité sainte et du sanctuaire ; un peuple et un capitaine qui vient pour tout perdre } l'abomination dans le temple; la dernière et irrémédiable désolation 5 du peuple ingrat envers son Sauveur.
Nous avons vu que ces semaines réduites en semaines d'années, selon l'usage de l'Écriture, font quatre cent quatre-vingt-dix ans, et nous mènent précisément, depuis la vingtième année d'Arlaxerce, à la dernière semaine ^ ; semaine pleine de mystères, où Jésus-Christ immolé met fin par sa mort aux sacrifices de la loi, et en accomplit les figures. Les doctes font de différentes supputations pour faire cadrer ce temps au juste. Celle que je vous ai :)roposée est sans embarras. Loin d'obscurcir la suite de l'histoire les rois de Perse, elle l'éclaircit ; quoiqu'il n'y auroit rien de fort surprenant quand il se trouveroit quelque incertitude dans les dates de ces princes ; et le peu d'années dont on pourroit disputer, sur un compte de quatre cent quatre-vingt-dix ans, ne feront jamais une importante question. Mais pourqu?; discourir davan-
« Dan. IX. 23, etc. — ' ibid. 24. — ' Hjid. ix. 25. 26. — i Ibid. 27. — 5 lO/d. 26, 27. — 6 Voyez ci-dessus, I^* Bart. vn« et viiia Époq., l'an «16 cl 280 de Kome.
IGO DisconRS
tai^v? Dieu a tranché la difficulté, s'il y enavoit, par une décision qui ne souffre aucune réplique. Un événement manifeste nous met au-dessus de tous les raffinements des chronologistes ; et la ruine totale des Juifs, qui a suivi de si près la mort de notre Seigneur, fait entendre aux moins clairvoyants l'accomplissement de 1?. prophéfie.
Il ne reste plus ^û'à vous en faire remarquer une circonstance. Daniel nous dé'',ouvre un nouveau mystère. L'oracle de Jacob nous avoit appris que le royaume de Juda devoit cesser à la venue du Messie ; mais il ne nous disoit pas que sa mort seroit la cause de la chute de ce royaume. Dieu a révélé ce secret important à Daniel, et il lui déclare que la ruine des Juifs sera la suite de la mort du Christ et de leur méconnoissance. Marquez, s'il vous plaît, cet endroit : la suite des événements vous en fera bientôt un beau commentaire.