‹ Chefs-d'œuvre de BossuetChapitre 31 sur 70 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Attente du Mcssîô; snr quoi fondée : préparation à son règne, et *a h

conversion des Gentils.

Mais en quelque état qu'il fût , il vivoit toujours en attente des temps du Messie , où il espérait de nouvelles grâces plus grandes que toutes celles qu'il avoit reçues ; et il n'y a personne qui ne voie que cette foi du Messie et de ses merveilles, qui dure encore aujourd'hui parmi les Juifs, leur est venue de leurs patriarches et de leurs prophètes dès l'origine de leur nation '•. Car dans cette longue suite d'années, où eux-mêmes reconnoissoient que par un conseil de la Providence il ne s'élevoit plus parmi eux aucun prophète, et que Dieu ne leur faisoit point de nouvelles prédictions ni de nouvelles promesses, cette foi du Messie qui devoit venir étoit plus vive que jamais. Elle se trouva si bien établie quand le second temple fut bâti, qu'il n'a plus fallu de prophète pour y conlirmer le peuple. Ils vivoient sous la foi des anciennes prophclits

» ÉzEcn. XTi. Î53, 55, 61. Jer. XXXI. 5. I. llAcn. X. 30. — « Joseph. Aut lib. XIII, c. 8. 17,18, al. 4, 9, lu. — 3 Z.vcu. ix. 1, 2 et seq. — 4 Josepu. lit). I coût. Apion.

feuR l'histoirb universelle. yti\

qu'ils avoieut vaes s'accomplir si précisément à leurs yeux ea taot de chefs : le reite, depuis ce temps, ne leur a jamais paru douteux, et ils n'avoient point de peine à croire que Dieu , si fidèle en tout, n'accomplît encore en son temps ce qui regardoit lô Messie, c'est-à-dire la principale de ses promeâse», et k fondement de toutes ie» autres.

En effet, toute leur histoire , fout ce qui leur arrivoit de jour en jour, n'étoit qu'un perpétuel développement des oracles que le Saint-Esprit leur avoit laissés. Si, rétablis dans leur terre après la captivité, ils jouirent durant trois cents ans d'une paix profonde • si leur temple fut révéré , et leur religion honorée dans tout l'Orient ; si enfin lenr paix fut troublée par leurs dissensions ; si ce superbe roi de S^rie fit des efforts inouïs pour les détruire;, s'il prévalut quelque temps ; si un peu après il fut puni ; si la religioa judaïque et tout le peuple de Dieu fut relevé avec un éclat plus merveilleux que jamais , et le royaume de Juda accru sur la fin des temps par de nouvelles conquêtes , on a vu que tout cela se irouvoit écrit dans leurs prophètes. Oui, tout y étoit manqué, jusqu'au temps que dévoient durer les persécutions, jiisqu'aux lieux où se donnèrent les combatSy jusqu'aux terres qui dévoient être conquises.

Je vous ai rapporté en gros quelque chose de ces prophéties : le détail seroit la matière d'un plus long discours ; mais vous en voyez assez pour demeurer convaicu de ces fameuses prédictions qui font le fondement de notre croyance : plus on les approfondit, plus on y trouve de vérités ; et les prophéties du peuple de Dieu ont eu durant tous Ces temps tm accomplissement si manifeste, que depuis, quand les païens mêmes, quand un Porphyre, quand un Julien l'Apostat », ennemis d'ailleurs des Écritures, ont voulu donner des exemples de prédictions prophéliques,i ils les ont été chercher parmi les Juifs.

Et je puis même vous dire avee vérité que si durant cinq cents ans le peuple de Dieu fut sans prophète, tout l'état de ces temps ctoit prophétique : l'œuvre dé Diea s'acheminoil, et les voies se^ préparoient insensiblemeat à i'en'UeraccomplisBefiïeiït des aociens oracles.

Le retour de la captivité de Babylone n^étoi* qu'une ombre de la liberté, et plus girande et plus nécessaire, que lie Messie devoif

I PoRPH. de AÈstin. Ifb'. iv, âlâ- laid. Pokph. «t Jul, ipâà GïrihUb.> v e VI iu Juliaa.

17*2 Disconns

apporter aux hommes captifs du péché. Le peuple dispersé en di« vers endroits dans la haute Asie, dans l'Asie mineure, dans l'Egypte, dans la Grèce môme, commençoit à faire éclater parmi les Gentils le nom et la gloire du Dieu d'Israël. Les Écritures, qui dévoient un jour être la lumière Ju monde , furent mises dans la langue la plus connue de l'univers : leur antiquité est reconnue. Pendant que le temple est révéré, et les Écritures répandues parmi les Gentils , Dieu donne quelque idé*^. de leur conversion future, et en jette de loin les fondements.

Ce qui se passoit même parmi les Grecs étoit une espèce de préparation à la connoissance de la vérité. Leurs philosophes connurent que le monde étoit régi par un Dieu bien différent de ceux que le vulgaire adoroit, et qu'ils servoient eux-mêmes avec le vulgaire. Les histoires grecques font foi que cette belle philosophie venoit d'Orient, et des endroits où les Juifs avoient été dispersés : mais de quelque endroit qu'elle soit venue, une vérité si importante répandue parmi les Gentils, quoique combattue, quoique mal suivie, même par ceux qui l'enseignoient, commençoit à réveiller le genre humain , et fournissoit par avance des preuves certaines à ceux qui dévoient un jour le tirer de son ignorance.

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