CHAPITRE XVli
Corruption et superstition parmi les Juifs : fausses doctrines des pharisiens*
Cependant, à la fin des temps, le? Juifs mêmes qui le connoissoient, et qui étoient les dépositaires de la religion, commencèrent ^tant les hommes vont toujours afibiblissant la vérité) , non point à oublier le Dieu de leurs pères , mais à mêler dans la religion des superstitions indignes de lui. Sous le règne des Asmonéens, et dès le temps de Jonathas , la secte de?, pharisiens commença parmi les Juifs. Ils s'acquirent d'abord un grand crédit par la pureté de leur doctrine, et par l'observance exacte de la loi : joint que leur conduite étoit douce , quoique régulière , et qu'ils vivoient entre eux en grande union. Les récompenses et les châtiments de la vie future, qu'ils soutenoient avec zèle, leur attiroient beaucoup d'honneur. A la fin , l'ambition se mit parmi eux. Ils voulurent gouverner, et en effet, ils se donnèrent un pouvoir absolu sur le peuple : ils se rendirent les arbitres de la doctrine et de la religion , qu'ils tournèrent insensiblement à des pratiques supertitieuses, utiles à leur intérêt et à la domination qu'ils vouloient établir sur les consciences ; et le vrai esprit de la loi étoit prêt à se perdre.
A ces maux se joignit un plus grand mal, l'orgueil et la présomption ; mais une présomption qui alloit à s'attribuer à soimême le don de Dieu. Les Juifs accoutumés à ses bienfaits, et éclairés depuis tant de siècles de sa connoissance, oublièrent que sa bonté seule les avoit séparés des autres peuples, et regardèrent sa grâce comme une dette. Race élue et toujours bénie depuis deux mille ans, ils se jugèrent les seuls dignes de connoître Dieu, et se crurent d'une autre espèce que les autres hommes, qu'ils Voyaient privés de sa connaissance. Sur ce fond3ment, ils regardèrent les Gentils avec un insupportable dédain. Être sorti d'Abraham selon la chair, leur paroissoit une distinction qui les mettoit naturellement au-dessus de tous les autres ; et , enflés d'une si belle origine , ils se croyoient saints par nature , et non par grâce . erreur qui dure encore parmi eux. Ce furent les pharisiens qui, cherchant à ce glorifier de leurs lumières , et de l'exacte observance des cérémonies de la loi , introduisirent cette opinion vers la fin des temps. Comme ils ne songcoient qu'à se distinguer
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des autres hommes, ils multiplièrent sans bornes les pratiques extérieures, et débitèrenltoutes leurs pensées, quelques contraires qu'elles fussent à la loi de Dieu, comme des traditions authentiques.