PBNS^BS PHILOflOPBRïliXES
XXXnr. — Il est dit dans saint Luc que Dieu'
le père est plus grand que Dieu le fils, pater major me est. Cependant, au mépris d'un passage aussi formel, l'Eglise prononce anathème au fidèle scrupuleux qui s'en tient littéralement ' aux mots du testament de son père.
ZXXV. — Si l'autorité a pu disposer à son gré du sens de ce passage, comme il n'y en a j>as un dans toutes les Ecritures qui soit plus précis, il n'y en a pas un qu'on puisse se flatter de bien entendre, et dont l'Eglise ne fasse dans l'avenir tout ce qui lui plaira.
XXXVI. — Tu €» PetruSy et super hanc petram xdificabo ecclesiam meam. Est-ce là le langage d'un Dieu, ou une bigarrure digne du Seigneur des Accords?
XXXVIL — In dolore paries (Genèse). Tu engendreras dans la douleur, dit Dieu à la femme prévaricatrice. Et que lui ont fait les femelles des animaux, qui engendrent aussi dans la douleur?
XXXVIII. — S'il faut entendre à la lettre pater major me est, Jésus-Christ n'est pas Dieu. S'il faut entendre à la lettre hoc est corpus meum, il se donnait à ses apôtres de ses propres mains ; ce qui est aussi absurde que de dire que saint Denis baisa sa tête après qu'on la lui eut coupée.
XXXIX. — Il est dit qu'il se retira sur le mont des Oliviers, et qu'il pria. Et qui pria-t-il? il se pria luirmème..
XL. — Ce Dieu qui fait mûurir Dieu pour apaiser Dieu, est un mot excellent du baron de la Hontan. Il résulte moins d'évidence de cent
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▼olumes iH'folw^ écrits pour ou contre le christianisme, que du ridicule de ces deux lignes.
XLI. — Dire que l'homme est un composé de force et de faiblesse, de lumière et d'aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n'est pas lui foire son procès, c'est le définir.
XLII. — L'homme est comme Dieu ou la nature- Ta fait ; et Dieu ou la nature ne fait rien de mal.
XLIII. — Ce que nous appelons le péché originel, Ninon de TEnclos l'appelait le péché original,
XLIV. -— Cest une impudence sans exemple que de citer la conformité des Evangélistes, tandis qu'il y a dans les uns des faits très-importants dont il n'est pas dit un mot dans les autres.
XLT. — I^laton considérait la Divinité sous trois aspects, la bonté, la sagesse et la puissance. Il faut se fermer JUft yeux pour ne pas voir là la Trinité des chrétiens. Il y avait près de trois mille ans que le philosophe d'Athènes appelait Logos {loyhiS ce que nous appelons le Verbe.
XLVI. — Les personnes divines sont, ou troîy accidents, ou trois substances. Point de milieu. Si ce sont trois accidents, nous sommes athées ou déistes. Si ce sont trois substances, nous sommes païens.
XLTII. — Dieu le père juge les hommes dignes de sa vengeance éternelle : Dieu le fils les juçe dignes de sa miséricorde infinie : le Saint-Esprit reste neutre. Comment accorder ce verbiage catholique avec l'unité de la volonté divine ?
XL VIII. — Il y a longtemps qu'on a demandé aux théologiens d'accorder le dogme des peines éternelles avec la miséricorde infinie de Dieu; et ils en sont encore là.
XLIX.— Et pourquoi punir un coupable, quand il n'y a plus aucun bien a tirer de son châtiment?
L. — Si l'on punit pour soi seul, on est bien cruel et bien méchant.
LI. — Il n'y a point de bon père qui voulût ressembler à notre Père céleste.
l'ofFensé ^ châtiment?
LUI. — Et de quoi se courrouce- t-il si fort, ce Dieu? Et ne dirait-on pas que je puisse quelque chose pour ou contre sa gloire, pour ou contre son repos, pour ou contre son bonheur?
LIV. — On veut que Dieu fasse brûler le méchant, qui ne peut rien contre lui, dans un feu qui durera sans fin ; et on permettrait à peine à un père de donner une mort passagère à un fils qui compromettrait sa vie, son honneur et sa fortune I
LV. — O chrétiens ! vous avez donc deux idées différentes de la bonté et de la méchanceté, de la vérité et du mensonge. Vous êtes donc les plus absurdes des dogmatistes, ou les plus outrés des pyrrhoniens.
LVI. — Tout le mal dont on est capable n'est pas tout le mal possible : or, il n'y a que celui
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qui pourrait commettre tout le mal possible qui pourrait aussi mériter un châtiment étemel.
Pour faire de Dieu un être infiniment vindicatif, vous transformez un ver de terre en un être infiniment puissant.
LVII. — A entendre un théologien exagérer l'action d'un homme que Dieu fit paillard, et qui a couché avec sa voisine, que Dieu fit complaisante et jolie, ne dirait-on pas que le feu ait été mis aux quatre coins de l'univers ? Eh! mon ami, écoute Marc-Aurèle, et tu verras que tu courrouces ton Dieu pour le frottement illicite et voluptueux de deux intestins.
LVIII. — Ce que ces atroàes chrétiens ont traduit par éternel ne signifie, en hébreu, que 4mrable. C'est de l'ignorance d'un hébraïste, et de l'humeur féroce d'un interprète, que vient le dogme de l'éternité des peines.
liIX. — Pascal a dit : « Si votre religion est fausse, vous ne risquez rien à la croire vraie, vous risquez tout à la croire fausse. » Un iman en peut dire tout autant que Pascal.
LX. — Que Jésus-Christ, qui est Dieu, ait été tenté par le diable, c'est un conte digne des Mille et une nuits,
LXI. — Je voudrais bien qu'un chrétien, qu'un janséniste surtout, me fît sentir le cui bono de rincarnation. Encore ne faudrait-il pas enfler à l'infini le nombre des damnés si l'on veut tirer quelque parti de ce dogme.
LXII. — Une jeune fille vivait fort retirée : un jour elle reçut la visite d'un jeune homme ^ui portait un oiseau; elle devint grosse : et Ion
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demande qui est-ce qui 1. ^t renûmt? Belk question 1 c'est l'oiseau.
LXIII. — Mais pourquoi le cygne de Léda et les petites flammes de Castor et Pollux nous font-ils rire, et que nous ne rions pas de la colombe et des langues de fieu de T Evangile ?
LXIV. — Il y avait, dans les premiers siècles, soixante Evangiles presque également crus. On en a rejeté cinquante-six pour raison de puérilité et a ineptie. Ne reste-t-il rien de cela dans ceux qu'on a conservés ?
LXV. — Dieu donne une première loi aux hommes; il abolit ensuite cette loi. Cette conduite n'est-elle pas un peu d'un législateur qui s'est trompé, et qui le reconnaît avec le temps? Est-ce qu'il est d un être parfait de se raviser ?
LXVI. — Il y a autant d'espèces de foi qu'il y a de religions au monde.
LXVn. — Tous les sectaires du monde ne sont que des déistes hérétiques.
LXVIII. — Si l'homme est malheureux sans ^tre né coupable, ne serait-ce pas qu'il est destiné à jouir d'un bonheur éternel, sans pouvoir, par sa nature, s'en rendre jamais digne r
LXIX. — Voilà ce .que je pense du dogme chrétien : je ne dirai qu^un mot de sa morale. C'est que, pour un catholique père de. famille, convaincu qu'il faut pratiquer a la lettre les maximes de l'Evangile sous peine de ce qu'on appelle l'enfer, attendu l'extrême difficulté d'attemdre à ce degré de perfection que la feiiblesse humaine ne comporte point, je ne vois d'autre parti que de prendre son enfant par un pied et que de
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i'écacher contre ia terre, ou que de l'étoufer en naissant. Par cette action il le sauve du péril de la damnation, et lui assure une félicité étemelle ; «t je soutiens que cette action, loin d'être criminelle, doit passer pour infiniment louable, puisqu'elle est fondée sur le motif de l'amour paternel, qui exige que tout bon père fasse pour ses enfants tout le bien possible.
LXX. — Le précepte de la religion et la loi de la société, qui défendent le meurtre des innocents, ne sont-ils pas, en effet, bien absurdes et bien cruels, lorsqu'en les tuant on leur assure Tin bonheur infini, et qu'en les laissant vivre on les dévoue, presque sûrement, à un malheur éternel?
LXXI. — Gomment, monsieur de la Condamine î il sera permis d'inoculer son fils pour le garantir de la petite vérole, et il ne sera pas permis de le tuer pour le garantir de Tenfer ? Vous vous moquez.
LXXII. — Satis triumphat veritas si apud paucos, eosque bonos y accepta sit,' nec ejus in" doles placere multis.
Nous plaçons ici deux Pensées inéditeSy relevées sur les manuscrits de Diderot à la bibliothèque de l'Er- Tnitage. Elles se rapportent exactement à ce qui précède, et l'une d'elles, la seconde, porte en tête Tindicatioû : Pensée pkiloso^ique.
Anciennement, dans l'île de Temate, il n'était permis à qui que ce soit, pas même aux prêtres, de parler de religion. Il n'y avait qu'un seul temple ; une loi expresse défendait qu'il y en eût deux. On n'y voyait ni autel, ni statues, ni
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images. Cent prêtres, qui jouissaient d'un revenu considérable, desservaient ce temple. Ils ne chantaient ni ne parlaient, mais dans un énorme silence ils montraient avec le doigt une pyramide sur laquelle étaient écrits ces mots : Mortels y adorej Dieu, aimes[ vos frères et rendez-vous utiles à la patrie.
« * Un homme avait été trahi par ses enfants, par sa femme et par ses amis; des associés infidèles avaient renversé sa fortune et l'avaient plongé dans la misère. Pénétré d'une haine et d'un mépris profond pour l'espèce humaine, il quitta la société et se réfugia seul dans une caverne. Là, les poings appuyés sur les veux, et méditant une vengeance proportionnée a son ressentiment, il disait : « Les pervers ! Que ferai-je pour les punir de leurs mjustices, et les rendre tous aussi malheureux qu'ils le méritent? Ah ! s'il était possible d'imaginer... de les entêter d'une grande chimère à laquelle ils missent plus d'importance qu'à leur vie, et sur laquelle ils ne pussent jamais s'entendre !... » A l'instant il s'élance de la caverne en criant : « Dieu ! Dieu L.. » Des échos sans nombre répètent autour de lui : « Dieu!
Dieu ! » Ce nom redoutable est porté d'un pôle à l'autre et partout écouté avec étonnement.
D'abord les hommes se prosternent, ensuite ils se relèvent, s'interroeent, disputent, s'aigrissent, s'anathématisent, se haïssent, s'entr' égorgent, et le souhait fatal du misanthrope est accompli. Car telle a été dans le temps passé, et telle sera dans le temps à venir, l'histoire d'un être toujours également important et incompréhensible.