D'ALEMBERT ET DIDEROT
LE
(Écrit en 1769. — Publié en i83o.)
t Je crois voas avoir dit que j tTais foit an dtalogne entre D'Alembert et moi. En le relisant, il m*a pris fantaisie d'en faire un second, et il a été fait. Les interlocuteurs sont D'Alembert qui rêve, Bordeu et l'amie de D Alembert, M"« de l'Espinass. Il est intitulé le Rêve de D'Alembert. Il n'est pas possible d*être plus profond et plus fou. J'y ai ajouté après coup cinq ou six pages capables de faire dresser les cheveux à mon amoureuse; aussi ne les verra-l-elle jamais...
t Si j'avais voulu sacrifier la richesse du fond à la noblesse du ton, Démocriîe, Hippocrate et Leucipi>e auraient été mes personnages ; mais la vraisemblance m'aurait renfermé dans les Domes étroites de la philosophie ancienne, et j'y aurais trop
Serdu. Cela est de la plus haute extravagance, et tout à la fois e la philosophie la pins profonde. Il y a quelque adresse à avoir mis mes idées dans la bouche d'un homme qui rêve : II faut souvent donner à la sagesse l'air de la folie, afin de lui procurer ses entrées ; j'aime mieux qu'on dise : « Mais cela n'est pas aussi insensé qu'on croirait bieu, » que de dire : c Ecoutezmoi, voici des choses très-sages. » (Diderot, lettres à M"« Yolande du 3 et du II sept. 1709.)
La liberté de certaines expressions et la complaisance avec laquelle Diderot s'arrête à clés sujets qui nous répugnent justement (Platon, pourtant, ne les dédaignait pas), expliquent assM et pourquoi l'auteur n'a point fait imprimer son œuvre, et pourquoi M''« de l'Etpinasse ei D'Alembert en ont impérieusement exigé la supp^e^sion.
c Le plaisir de tt rendre compte à soi-même de ses opinions avait produit cçs dialogues; 1 indiscrétion de quelques p^ersonues les tira de l'obscurité: 1 amour alarmé en désira le sacrifice; l'amitié tyrannique l'exigea; l'amitié trop facile y consentit; ils furent lacérés. »
Avec quel regret 1 C'étaient, avec un certain Mémoire de ynathématiques, a les seuls d'entre mes ouvrages dans lesquels je me complaisais. » Ainsi parle Diderot dans la lettre d'envoi qui accompagne ses Eléments de physiologie (publics pour la première fois par Assézatj. Il semble même avoir essa)ré de les refaire, d'en rapprocher les morceaux. Cette variante, si jamais elle a existi, a pén ; peut-ôtre est-ce elle que Meister et Naigeon désignèrent parfois sous le titre d'Entretiens sur l'origine des êtres, etc.
Par bonheur une copie, sans doute ignorée de Diderot luimême, nous a conservé l'original, un des plus étincelants chefsd'œuvre de notre littérature. Le texte en a été publié en i83o, dans les quatre volumes édités chez Paulin.
La lecture de VEntretien et du Rêve « est proprement un charme. » On ne sait ce qu'on y doit le plus admirer : la grice, l'art, l'vloquence, ou les intuitions profondes du génie,
Les partisans du monisme ^chrchti ont dins les première; pages les germes de leur doctrine. Mais les esprits émancipés de toute métaphysique s'attacheront de préférence aux ventés ^oi servent de base à la biologie et à la physiologie modernes.