‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 104 sur 162 · ACTE V, SCÈNE I II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I II

DOUANTE.

Non , la vérité pure.

CÉRONTE.

En est-il dans ta boucbc ?

C L I T O N , bas , à Dorante .

Voici pour votre adresse une assez rude touclie.

Épris d'une beauté qii'.ù peine j'ai pu voir

Qu'elle a pris sur mon ame un absolu pouvoir,

De Lucrèce , eu un mot vous la pouvez connoîtrc.

CÉRONTE.

Dis vrai : je la connois, et ceux qui l'ont fuit naître; Son père est mon ami.

DORANTE

Mon cœur en un moment Étant de ses regards charmé si puissamment, Ije choix que vos bontés avoient fait de Clarice, Sitôt que je le sus, me parut un supplice : Mais comme j'ignorois si Lucrèce et son sort Pouvoieut avec le vôtre avoir quelque rapport , Je n'osai pas encor vous découvrir la flamme Que venoicnt ses beautés d'allumer dans mon ame ; Et i'avols ignoré, monsieur, jusqu'à ce jour Que l'adresse d'esprit fût un crime en amour. I\îais , si je vous osois demander quelqiae grâce , A présent que je sais et son bien et sa race , Je vous conjurerois, par les nœuds les plus doux Dont l'amour et le sang puissent m'unir k vous. De seconder mes vœux auprès de cette belle ; Obtenez-la d'un père, et je l'obtiendrai d'elle.-

GÉ ROKTE.

Tu me fourbes encor.

DORAîSTE.

Si vouj ne m'en croyez , Croyez-en pour le moins Cliton que vous voyez ; Il sait tout mon secret.

Tu ne meurs pas de lionlc Qu'il faille que de lui je fasse plus de compte , El que ton père même , en doute de M foi , Donne; plus de croyance à ton valet qu'à toi ! Écculp : je suis bon, et, malgré ma colère, 3e veux encore un coup montrer im cœur de père : 3e veux encore un coup pour toi me hasarder. Je connois la Lucrèce , et la vrds demander : IMais si de ton côté le moindre obstacle arrive. . t

Pour vous mieux assurer , souflVcz que je vous suive.

Demeure ici , demeure , et ne suis point mes pas r

Je doute , je hasarde , et je ne te crois pas.

Mais sache que tantôt si pour cette Lucrèce

Tu fais la moindre fourbe, ou la moindre finesse,

Tu peux bien fuir mes yeux, et ne me voir jamais;

Autrement, souviens-toi du serment que je fais,

Je jm-e les rayons du jour qui nous éclaire

Que tu ne mourras point que de la main d'im père,

Et que ton sang indigne à mes pieds répandu

Rendra prompte justice à mon honneur perda,

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