‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 26 sur 162 · ACTE III, S C È > E IV · texte numérisé non relu

ACTE III, S C È > E IV

ALBIN

En brutal , en inipie , En bravant les tourments , en dédaignant la vie , Sans regret , sans murmure , et sans ëtonnement , Dans l'obstination et l'endmcissement , ComiPe un chrétien enfin , le blasphème à la bouclie.

Et l'autre .'

ALBIN

Je l'ai dit déjà , rien ne le touche : Loin d'en être abattu , son cœur en est plus haut : On l'a violenté pour quitter l'échalaud: Il est dans la prison , où je l'ai vu conduire ; Mais vous êtes bien loin encor de le réduire.

FÉLIX

Que je suis malheureux !

ALBIN

Tout le monde vous plaint.

FÉLIX-

Ou ne sait pas les maux dont mon cœur est atteint ; De pensers sur peuscrs mon ame est agitée , '^ De soucis sur soucis elle est inquiétée ; Je sens l'amour, la haine , et la crainte , et l'espoir, '- La joie, et la douleur, tour à tour l'émouvoir : J'entre en des sentiments qui ne sont pas croyables^ J'en ai de violents, j'en ai de pitoyables ; J'en ai de généreux qui n'oseroient agir; J'en ai même de bas, et qui me font rougir. J'aime ce mal!ieiu-cux que j'ai choisi pour gendre, Je liais l'aveugle erreur qui le vient de surprendre ; ?. Corne. Ile. 2. t'

62 POLYEUCTE

Je déplore sa perte, et, le voulant sauver, J'ai la gloire des dieux ensemble à conserver; Je redoute leur foudre , et celui de Décie ; Il y va de ma charge , il y va de ma vie. Ainsi tantôt pour lui je m'expose au trépas, Et tantôt je le perds pour ne me perdre pas.

ALBr^•.

Décie excusera l'amitié d'un beau-père ; Et d'ailleurs Polyeucte est d un sang qu'on révère.

FÉLIX

A punir les chrétiens son ordre est rigoureux ; 4 Et plus l'exemple est grand , plus il est dangereux : On ne distingue point quand l'offense est publique ; Et , lorsqu'on dissimule un crime domestique , Par quelle autorité peut-on , par quelle loi , Châtier en autrui ce qu'on souffre chez soi ?

ALBIN

Si vous n'osez avoir d'égard h sa personne. Écrivez à Décie afin qu'il en ordoimc.

FÉLIX

Sévère me perdroit si j'en usois ainsi :

Sa haine et son pouvoir font mon plus grand souci.

Si j'avois différé de punir un tel crime ,

Quoiqu'il soit généreux, quoiqu'il soit magnanime,

Il est homme , et sensible , et je l'ai dédaigné ;

Et de tant de mépris son esprit indigné , 5

Que met ;iu désespoir cet hymen de Pauline,

Du courroux de Décie obtiendroit ma ruine.

Pour venger tm affront tout semble être permis,

Et les occasions tentent les plus remis.

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