SCÈNE II
POLYEUCTE
( les garJes se retirt(nt aux côtés du th'.'âtro. )
Source délicieuse, en misères fe'conde, Que voulez- vous de moi , flatteuses voluptés ? Honteux attachements de la chair et du monde , Que ne me quittez- vous , quand je vous ai quittés ; Allez , honneurs , plaisirs , qui me livrez la guerre ',
Toute votre félicité , ^
Sujette à l'instabilité ,
En moins de rien tombe par terre ;
Et comme elle a l'éclat du verre , ^
Elle en a la fragilité.
Ainsi n'espérez pas qu'après vous je soupire. Vous étalez en vain vos channes impuissants ; Vous me montrez en vain par tout ce vaste empire Les ennemis de Dieu pompeux et florissants. U étale à son tour des revers équitables Par qui les grands sont confondus ;
Et les glaives qu'il tient pendus 4 Sur les plus fortunés coupables Sont d'autant plus inévitables Que leurs coups sont moins attendus.
Tigre altéré de sang, Décie impitoyable, Ce Dieu t'a trop long-temps abandonné les siens : De ton lieurcux destin vois la suite effroyable ; Le Scythe va venger la Perse et les chiétiens. Encore un peu plus outre , et ton heure est venue ;
Rien ne t'en saïu-oit garantir ;
Et la foudre qui va partir,
Toute prête à crever la nue,
Ne peut plus être retenue
Par l'attente du repentir.
Que cependant Félix m'immole à ta colère ; Qu'un rival plus puissant éblouisse ses yeux ; Qu'aux dépens de ma vie il s'en fasse beau-père , Et qu'à titre d'esclave il commande en ces lieux : Je consens, ou plutôt j'aspire à ma ruine.
Monde, pour moi tu n'as plus rien ;
Je porte en un cœur tout clu-étien
Une flamme toute divine ;
Et je ne regarde Pauline
Que comme un obstacle à mon bien.
Saintes douceurs du ciel, adorables idées.
Vous remplissez un cœur qui vous peut recevoir :
De vos sacrés attraits les âmes possédées
Ne conçoivent plus rien qui les puisse émouvoir.
Vous promettez beaucoup , et donnez davantage :
Vos biens ne sont point inconstants ;
Et l'heureux trépas que j'attends
r»e vous sert que d'un doux passage Pour nous introduire au partage Qui nous rend à jamais contents.
C'est vous, ô feu divin que rien ne peut éteindre,
Qui m'allez faire voir Pauline sans la craindre.
Je la vois : mais mon cœur, d'un saint zèle enflammé,
!N'en goiite plus l'appât dont il étoit cliarmé ;
Et mes yeux, éclairés des célestes lumières, 5
^'e trouvent plus aux siens leurs grâces coutumières.