‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 45 sur 162 · FÉLIX, ALBIN · texte numérisé non relu

FÉLIX, ALBIN

FÉLIX

Je rRe fais violence , Albin , mais je l'ai dû ; Ma bonté naturelle aisément m'eût perdu. Que la rage du peuple à présent se déploie , Que Sévère en fureur tonne, éclate, foudroie ; M'étant fait cet effort, j'ai fait ma sûreté. Mais n'es-tu point surpris de cette dureté ? Yois-tu conune le sien des cœurs impénétrables , ' Ou des impiétés à ce point exécrables ?

Du moins j'ai satisfait iTioii esprit affligé:

Pour amollir son cœur je n'ai rien négligé;

3'ai feint même à tes yeux des lâchetés extrêmes :

Et certes, sans l'horreur de ses derniers blasphèmes.

Qui m eut rempli soudain de colère et d'effroi ,

J'aurois eu de la peine à triompJier de moi.

ALBIN

Vous maudirez peut-être un jour cette victoire , Qui tient je ne sais quoi d'iuie action trop noire, Indigne de Félix, indigne d'un Romain, Répandant votre sang par votre propre mtfin. ^

Ainsi l'ont autrefois versé Brute et Manlie ; Mais leur gloire en a crû , loin d'en être affoiblie ; Et quand nos vieux héros avoient de mauvais sang , ^ Us eussent , pour le perdre , ouvert leur propre flanc.

ALBIN

Votre ardeur vous séduit ; mais , cpioi qu'elle vous die , Quand vous la sentirez une fois refroidie , Quand vous verrez Paidine , et que sou désespoir 4 Par SCS pleurs et ses cris saura vous émouvoir....

FÉLIX

ïu me fiiis souvenir qu'elle a suivi ce traître, .

Et que ce désespoir qu'elle fera paroître

De mes commandements pourra troidiler l'efTet :

Va donc, cours y mettre ordre, et voir ce qu'elle fait;

Romps ce que ses douleius y donneroient d'obstacle •• ^

Tiie-Ia , si tu peux , de ce triste spectacle ;

Tâche à la consoler. Va donc ; qui te retient?

Il u'en est pas besoin, seigneur, elle revipitl-.

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