DORANTE, CLARICE, LUCRÈCE, ISABELLE
CLARICE, faisant un faux pas, et comme se laissant choir. *
Hai!
DOnANTE, lui donnant la raain.
Ce malheur me rend 1.11» fa /orable office , * Puisqu'il me donne lieu de ce petit service ; î Et c'est pour moi, madame, un bonheur souverain Que cette occasion de vous donner la maiu.
CLARICE
L'occasion ici fort peu vous favorise ,
Et ce foible bonheur ne vaut pas qu'on le prise.
DORANTE
Il est vrai , je le dois tout entier au hasard ; Mes soins ni vos désirs n'y prennent point de part^ p. Corneille. 2. ï»
iio LE MENTEUR.
Et sa douceur mêlée avec cette amertume
Ne me rend pas le sort plus doux que dé coutume ,
Puisqu'enfin ce bonlieur, que j'ai si fort prisé,
A mon peu de me'rite eiit été refusé.
S'il a perdu sitôt ce qui pouvoit vous plaire , Je veux être à mon touf d'im sentiment contraire, Et crois qu'on doit trouver plus de félicité A posséder un bien sans l'avoir mérité. J'estime plus un don qu'une reconnoissance : Qui nous donne fait plus que qui nous récompense; Et le plus grand bonheur au mérite rendu 4 Ne fait que nous payer de ce qui nous est dû. La faveur qu'on mérite est toujours achetée ; L'heur en croît d'autant plus , moins elle est méritée.; Et le bien où sans peine elle fait parvenir Par le mérite à peine auroit pu s'obtenir.
Aussi ne croyez pas que jamais je prétende
Obtenir par mérite une faveur si grande :
J'en sais mieux le haut pris ; et mon cœur amoureux,
Moins il s'en connoît digne , et plus s'en tient heureux.
On me l'a pu toujours dénier sans injure ;
Kt si la recevant ce cœur même en murmure ,
Il se plaint du raallicur de ses félicités.
Que le hasard lui donne , et non vos volontés.
Un amant a fort peu de quoi se satisfaire
Des faveurs qu'on lui fait sans dessein de les faire:
Comme l'intention .seule en forme le prix, 5
Assez souvent sans elle on les joint au mépris.
Jugez par-là quel bien peut recevoir ma flamme
D'uue main qu'on me donne en me refusant lame.
Je la tiens, je la touclie, et je la touche en vain, Si je ne puis toucher le cœur avec la main.
CLARICE
Cette flamme , monsieur , est pour moi fort nouvelle , Puisque j'en viens de voir la première étincelle. Si votre cœur ainsi s'emhrase en un moment , Le mien ne sut jamais brûler si promplement ; Riais peut-être, à présent que j'en suis avertie, Le temps donnera place à plus de sympatliie. Confessez cependant qu'à tort vous munnurez Du me'pris de vos feux que j'avois ignorés.