‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 62 sur 162 · ACTE r, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE r, SCENE VI

DORANTE

OÙ mè vois- lu rêver?

CLITON

J'appelle rêveries Ce qu'en d'autres qu'un maître on nomme menteries: Je parle avec respect.

DOUANTE.

Pauvre esprit !

CLITON

Je le perds ^ Quand je vous ois parler de guerre et de concerts. Vous voyez sans péril nos batailles dernières , Et faites des festins qui ne vous coûtent guères. Pourquoi depuis un au vous feindre de retour ?

DORANTE

J'en montre plus de flamme, et j'en fais mieux ma cour.

Qu'a de propre la guerre à montrer votre flamme ?

DORANTE

O le beau compliment h. charmer une dame , De lui dire d'abord : « J'apporte à vos beautés Un cœur nouveau venu des universités ; Si vous avez besoin de lois et de rubriques , Je sais le code entier avec les authentiques , Le digeste nouveau , le vieux , l'infortiat , Ce qu'en a dit Jason , Balde , Acciu-se , Alciat ! » Qu'un si riche discours nous rend considérables ! Qu'on amollit par -là de cœurs inexorables ! Qu'un homme à paragraphe est im joli galant !

On s'introduit bien mieux à titre de vaillant : ^^out le secret ne gît qu'en un peu de grimace ;

p. Corneille, a. II

A mentir à propos , jurer de bonne grâce , Étaler force mots qu'elles n'entendent pas ; * Faire sonner Lambov, Jean de Vert, et Galas ; Nommer quelques cliâteaux de qui les noms barbares. Plus ils blessent l'oreille , et plus leur semblent rares ; Avoir toujours en bouche angle-* , lignes , fossés , Vedette , contrescarpe , et travaux avancés : Sans ordre et sans raison , n'importe , on les étonne ; On leur fait admirer les baiçs qu'où leur donne : 4 Et tel , à la faveur d'un semblable débit , Passe pour liomme illustre , et se met en crédit.

A qui vous veut ouïr vous en faites bien croire ; •Mais celle-ci bientôt peut savoir votre histoire.

J'aurai déjà gagné cliez elle quelque accès; Et, loin d'en redouter un malheiu-eux succès, Si jamais un fâcheux nous nuit par sa présence, î^'ous pourrons sous ces mots être d'intelligence. ^ Yoilà traiter l'amom-, Cliton , et comme il faut.

A vous dire le vrai , je tombe de bien Laut.

jHais parlons du festin : Urga'nde et IMélusine

K'ont jamais sur-le-cLamp mieux fourni leur cuisine^

Vous allez au-delà de leurs enchantements :

Vous seriez un grand maître à faire des romans ;

Ayant si bien en main le festin et la guerre,, ^

Vos gens en moins de rien courroient toute la terrcj

Et ce seroit pour vous des travaux fort légers

Que d'y mêler partout la pompe et les dangers.

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