‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 69 sur 162 · ACTE II, SCÈNE m · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE m

Quoi ! sans rougir ... ?

Rougir ! à quel propos?

Alcippe.

Tu né meurs pas de honte entendant ces deux mots î

CLARICE

Mourir pour les entendre ! et qu'ont-ils de funeste ?

ALCIPPE

Tu peux donc les ouïr, et demander le reste ! Ne saurois-tu rougir, si je ne te dis tout?

CLARICE

(^uoi tout?

Tes passe-temps , de l'un à l'autre Lout.

CLARICE

Je meure, en vos discours si je puis rien comprendre!

ALCIPPE

Quand je te veirx parler, ton père va descendie ; 11 t'en souvient alors : le tour est exceUeut ! Mais pour passer la nuit auprès de ton galant

CLARICE

Alcippe , êles-vous fou ?

ALCIPPE

Je n'ai plus lieu de l'être, A présent que le ciel me fait te mieux connoître. Oui , pour passer la nuit en danses et festin , Être avec ton galant du soii- jusqu'au matin.

i3o LE MENTEUK.

(Je ne parle que d'hier,) tu n'as point lors de père.

CLARICE

Rêvez-vous ? raillez- vous ? et quel est ce mystère ?

Alcippe.

Ce mystère est nouveau , mais non pas fort secret. Choisis , une autre fois , un amant plus discret ; rAii-niême il m'a tout dit.

Qui lui-même ?

CiArice.

Dorante !

ALCIPPE

Continue , et fais bien l'ignorante.

CIiARlCE.

Si je le vis jamais , et si je le connoi . . • • '

ALCIPPE

Ne viens-je pas de voir sou père avecque toi ? Tu passes , infidèle , ame ingrate et légère , ^ La nuit avec le fils, le jour avec le père I

CLARICE

Sou père de vieux temps est grand ami du mien. 4

ALCIPPE

Cette vieille amitié faisoit votre entrelien ? Tu te sens convaincue , et tu m'oses répondre ! Te faut-il «quelque chose eucor pour te confondre?

Alcippe , si je sais quel visage a le fils. . . .

ALCIPPE

La nuit étoit fort noire alors que tu le vis. Il ne t'a pas donné quatre cbceius de musique , Une collation superbe et magnifique , Six services de rang, douze plats à chacun ? Son entretien alors t'étoit fort importuu ? Quand ses feux d'artifice éclairoieiit le rivage, Tu u'eus pas le loisir de le voir au visage ? Tu n'as pas avec lui danse' jusques au jour? Et tu ne l'as pas vu pour le moins au retour? T'en ai-je dit assez? Rougis, et meiu^s de honte.

CLARICE

Je ne rougirai point poiu le récit d'un conte.

ALCIPPE

Quoi I je suis donc un fourbe , un bizarre , un jaloux 1

CLARICE

Quelqu'un a pris plaisir ù se jouer de vous , Alcippe , croyez-moi.

ALCIPPE

Ne cherche point d'excuses ; Je connois tes détours , et devine tes ruses. Adku : suis tou Dorante , et l'aime désormais ; Laisse en repos Alcippe , et n'y pense jamais.

CLARICE

Écôutftz (juatre mots.

ALCIPPE

Ton père va descendre.

CLARICE

fou ; ii ne descend point , et ne peut nous entendre •

i32 LE MENTEUR,

Si i aurai tout loisir de vous désabuser.

ALCIPPE

Je ne t écoute point, à moins que m'epouseï, A moins qu'en attendant le jour du mariage ^ M'en donner ta parole, et deux baisers pour gage^

CIARÏCE.

Pour me justifier vous demandez de moi, Alcippe ? . . .

ALCIPPE

Deux baisers , et ta main , et ta foi. c L A R I c E.

Ou2 cela?

ALCIPPE

Résous-toi , sans plus me faire attendre, c L A n I c E.

Je n'ai pas le loisir, mon père va descendre.

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