ACTE IV, SCÈNE V. i5i
Puissent tant de mnlhcurs accompagiier ta vie, Que tu tombes au point de me porter envie, Et toi bientôt souiller par quelque lâclieté Cette gloire si chère à ta brutalité I
HORACE
O ciel ! qui vit jamais une pareille rage ? Crois-tu donc que je sois insensible h l'outrage , Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur? Aime , aime cette mort qui fait notre bonheur. Et préfère du moins au souvenir d'un homme Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome.
C AMIILE.
Rome , l'uuifjue objet de mon ressentiment ! 5
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant I
Rome , qui t'a vu naître , et que ton cœur adore î
Rome enfin , que je hais parcequ'elle t'honore !
Puissent tous ses voisins ensemble conjurés
Saper ses fondements encor mal assurés I
Et, si ce n'est assez de toute l'Italie,
Que l'Orient contre elle h l'Occident s'allie !
Que, cent peuples unis des bouts de l'univers
Passent, pour la détruire, et les monts et les mei» I
Qu'elle-même sur soi renverse ses murailles ,
Et de ses propres mains déchire ses entrailles !
Que le courroux du ciel allumé par mes vœux
Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !
Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre ,
Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers eu poudre,
Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause , et mourir 4« plaisir I
i52 HORACE.
B ORACE , mettant l'cpée ;i la in.iin , et ppursuivant sa sœur qui s enfuit.
C'est trop, ma patience à la raison fait place; \a dedans les enfers plaindre toE Curlace I ^
CAMILLE, blessée, derrière le théâtre.
Ail traître !
HORACE, revenant sur Itj ihJâlre.
Ainsi reçoive un châtiment soudain Quiconque ose pleurer un ennemi romain !