‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 114 sur 173 · SABINE, HORACE, PROCULE · texte numérisé non relu

SABINE, HORACE, PROCULE

SABINE

A quoi s'arrête ici ton illustre colère ? ' Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père ; Viens repaître tes yeux d'un spectacle si doux ; Ou , si tu n'es point las de ces généreux coups , Immole au clicr pays des vertueux Horaccs Ce reste mallieureux du sang des Curlaces. Si prodigue du tien . n'épargne pas le leur;' Joins Sabine à Camille , et ta femjne à ta sœur. Kos crimes sont pareils , ainsi que nos misères , Je soupire comme elle, et déplore mes frères; ' Plus coupable en ce point contre tes dures lois, Ou'elle n'en plcmoit qu'un , et que j'en pleiu^e trois, Qu'après son châtiment ma faute continue.

HORACE

Sèche tes pleurs , Sabine , ou les cache à ma vue ;

Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié,

Et ne m'accable point d'une indigne piiit'.'

Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme

^'e nous laisse à tous deux qu un penser et qu'une ame,

C'est à toi d'élever les sentimentS-aUx miens,

INon à moi de descendre à la honte des tiens.

Je t'aime, et je connois la douleur qui te presse;

Euihrasse ma vertu pour vaincre ta i()il)l(;sse ; '-^

Participe à ma gloire au lieu de la souiller; ^

Tàçhc à t'en revôlir, non à m'en dépouiller.

Es-tu de mou lionneur si mortelle ennemie,

Que je te plaise mieux couvert d'une infamie?

i54 HORACE.

Sois plus femme que sœur, et, te réglant snr moi, Fais-toi de mon exemple une immuable loi.

s ABI3E.

cherche pour limiter des âmes plus paifaitcs. Je ne t'impute point les pertes que j'ai faites , J'en ai les sentiments que je dois en avoir, Et je m'en prends au sort plutôt qu'à ton devoir ; Mais enfin je renonce à la vertu l'omaine , 4 Si, pour la posséder, je dois être inhumaine. Et ne puis voir en moi la femme du vainqueur, Sans y voir des vaincus la déplorable sœur.

Prenons part en public aux victoires publiques. Pleurons dans la maison nos mallieurs domestiques ; Et ne regardons point des biens communs à tous, Quand nous voyons des maux qui ne sont que pour nous Pourquoi veux-lu , cruel , agir d'une autre sorte ? '^ Laisse en entrant ici tes lauriers h. la porte , Mêle tes pleurs aux miens . . . .Quoi ! ces lâches discours N'arment point ta vertu contre mes tristes jours 1 Mon crime redoublé n'émeut point ta colère ! Que Camille est heureuse ! elle a pu te déplaire ; Elle a reçu de toi ce qu'elle a prétendu, Et recouvre là-bas tout ce qu'elle a perdu. Cher époux, c]:er auteur du tourment qui me presse, Écoute la pitié , si ta colère cesse ; Exerce l'une ou l'autre , après de tels malheurs , A punir ma foiblessc , ou finir mes douleurs : Je demande la mort pour grâce ou pour supplice : Qu'elle soit un effet d'amour ou de justice , îi 'importe ; tous ses traits n'auront rien que de doux , Si je le* vois partir de la maiu d'un épuux.

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