‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 126 sur 173 · DE MONTAURON · texte numérisé non relu

DE MONTAURON

iVl O N s I E U R ,

Je vous présente un tableau d'une des plus belles actions d'Auguste. Ce monarque étoit tout géne'reux , et sa générosité n'a jamais paru avec tant d'éclat que dans les effets de sa clémence et de sa libéralité

* Dans l'édition de Genève , Voltaire avoit beaucoup abrégé cette épître : il avoit eu ses raisons. Ici nous avons cru devoir supprimer quelques endroits inutiles, et qui ne faisoient que des longueurs ; ils sont marqués par des points : nous en rétablissons quelques autres qui ont paru plus important* j et nous le» indiquons par des guillemets.

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A cjui pourrois-je plus justement donner le portrait de l'une de ces héroïques vertus , qu'à celui

qui possède l'autre à un si haut degré ?

« Vous avez des richesses, mais vous savez en jouir; et vous en jouissez d'une façon si noble, si relevée, et tellement illustre, que vous forcez la voix publique d'avouer que la fortune a consulté la raison quand elle a «répandu ses faveurs sur vous, et qu'on a plus de sujet de vous en souhaiter le redoublement que de vous en cnvii r l'abondance. J'ai vécu si éloigné de la flatterie , que je pense être en poisession de me faire croire quand je dis du bien de quelqu'un ; et lorsque je donne des louanges , ce qui m'arrive assez rarement, c'est avec tant de retenue, que je supprime toujours quantité de glorieuses vérités , pour ne me rendre point suspect d'étaler de ces mensonges obligeants que beaucoup de nos modernes savent débiter de si bonne grâce. Aussi je ne dirai ritu des avantages de votre naissance , ni de votre courage (lui les a si dignement soutenus dans la profession des armes, à qui vous avez donné vos premières années ; ce sont des choses trop connues de tout le monde. Je ne dirai rien de ce prompt et puissant secours que reçoivent chaque jour de votre main tant de bonnes familles ruinées par le désordre de nos guerres ; ce sont des choses que

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vous voulez tenir cachées. Je dirai seulement nu mot de ce que vous avez particulièrement de commun avec Auguste : c'est que cette générosité qui compose la meilleure partie de votre ame et règne sur l'autre , et qu'à juste titre on peut nommer lame de votre ame, puisqu'elle en fait mouvoir toutes les puissances; c'est, dis-je, que cette générosité, à l'exemple de » ce grand empereur *, prend plaisir à s'étendre sur les gens de lettres , en un temps où beaucoup pensent avoir trop récompensé leurs travaux quand ils les ont honorés d'une louange stérile. « Et certes » vous avez traité quelques unes de nos muses avec tant de magnanimité , qu'en elles vous avez obligé toutes les autres , et qu'il n'en est point qui ne

* Voilà une e'trange lettre et pour le style et pour les sentiments. , On n'y reconnaît point la main qui crayonna l'ame du grand Pompce et l'esprit de Cinna. Celui qui faisait des vers si sublimes n'est plus le même en prose. On ne peut s'cmpêclicr de plaindre Corneille, et son siècle, et les beaux arts, quand on voit ce grand homme, négligé à la cour, comparer le sieur de Moniauron à l'empereur Auguste. Si pourtant la reconnaissance arraclia ce singulier lioinmage, il faut encore i>lus en louer Conicille que l'iu blâmer; mai» on peut loujour» l'en plaindre.

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