‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 134 sur 173 · ACTE I, SCÈIS E II. 19J · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈIS E II. 19J

Et tu venois mes pleurs couler pour son trépas , '^ Qui , le faisant périr, ne me vcngeroit pas. C'est une lâcheté que de remettre à d'autres Les intérêts publics qui s'attachent aux nôtre», .Toijjnons à la douceur de venger nos parents La gloire qu'on remporte à punir les tyrans ; Et faisons publier par toute l'Italie : « La liberté de Rome est l'œuvre d'Emilie : On a toucLé son ame , et son cœur s'est épris ; Mais elle n'a donné son amour qu'à ce prix. »

Votre amour à ce prix n'est qu'un présent funeste Qui poite à votre amant sa perte manifeste. Pensez mieux , Emilie , à quoi vous l'exposez , Combien k cet écueil se sont déjà brisés; ^'e vous aveuglez point quand sa mort est visible.

EMILIE

Ah 1 tu sais me frapper par où je suis sensible. Quand je songe aux dangers que je lui fais courir, La crainte de sa mort me fait déjà mourir ; Mon esprit en désordre à soi-même s'oppose ; Je veux , et ne veux pas , je m'emporte , et je n'ose ; Et mon devoir, confus, languissant, étonné. Cède aux rébellions de mon cœur mutiné.

Tout beau, ma passiou, deviens un peu moins forte; 7 Tu vois bien des hasards; ils .sont grands, mais n'importe ; Cinua n'est pas perdu pour êtie hasardé. De quelques légions qu'Auguste soit gardé, Quelque soin qu'il se donne, et quelque ordre qu'il tienne, Qui méprise la vie est maître de la sienne: Plus le péril est grand , plus doux en est le fruit ; La vertu nous y jette , et la gloire le suit.

p. Coruoille. 1. I7

19 f CI^'^"A.

Quoi qu'il en soit , qu'Auguste ou que Cinna périsse , ^

Aux mânes paternels je dois ce sacrifice ;

Cinna me l'a promis en recevant ma foi ;

Et ce coup seul aussi le rend digne de moi.

Il est tard , après tout , de m'en vouloir dédire.

Aujourd'lmi l'on s'assemble, aujourd'hui l'on conspire;

L'heure, le lieu, le bras se choisit aujourd'hui;

Et c'est à faire enfin à mourir après lui. 9

Mais le voici qui vient.

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