ACTE I, SCÈNE III. iy
Kt ne remettroit pas en de mauvaises mains L'intérêt d'Emilie , et celui des Romains.
CINNA
Plût aux dieux que vous-même eussiez vu de quel zèle *
Cette troupe entreprend une action si belle !
Au seul nom de César , d'Auguste et d'empereur,
'^'^ous eussiez vu leurs yeux s'enflammer de fureur,
Et dans un même instant, par un effet contraire,
Leur front pâlir d'horreur, et rougir de colère.
a Amis, leur ai-je dit, voici le jour heureux '•*
Qui doit conclure enfin nos desseins généreux :
Le ciel entre nos mnins a mis le sort de Rome ,
Et son salut dépend de la perte d'un homme ,
Si l'on doit le nom d'homme à qui n'a rien d humain ,
A ce tigre altéré de tout le sang romain.
Combien pour le répandre a-t-il formé de brigues î
Comliien de fois changé de partis et de ligues,
Tantôt ami d'Antoine, et tantôt ennemi,
Et jamais insolent ni cruel ù demi ! )>
Lu , par un long récit de toutes les misères ^
Que durant notre enfance ont enduré nos pères ,
Renouvelant leur haine avec leur souvenir,
Je redouble en leurs cœurs l'ardeur de le punir.
Je leur fais des tableaux de ces tristes batailles
Où Rome par ses mains déchiroit ses entrailles ,
Où l'aigle abatloit l'aigle, et de chaque côté
iNos légions s'armoient contre leur liberté ;
Où les meilleurs soldats et les chefs les plus braves 'i
ftlettoient toute leur gloire à devenir esclaves ;
Où, pour mieux assurer la honte de leurs fers,
1 ous vouloient h leur chaîne attacher l'univers;