LE COMTE, ELVIRE
ELTIRE.
TiNTRE tous ces amants dont la jeune ferveur *
Adore votre fdle , et brigue ma faveur ,
Don Rodrigue et don Sanclie à l'envi font paroître
Le beau feu qu'en leurs cœurs ses beautés ont fait naître.
Ce n'est pas que Chimène écoute leurs soupirs,
Ou d'un regard propice anime leurs désirs ;
Au contraire, pour tous dedans l'indifférence, ^
Elle n'ôte à pas un ni donne l'espérance ;
Et , sans les voir d'un œil trop sévère , ou trop doux ,
C'est de votre seul choix qu'elle attend un époux.
LE COMTE
Elle est dans le devoir : tous deux sont dignes d'elle , Tous deux foiTiiés d'un sang noble, vaillant, fidèle,
p. Corneille. I. l
Jeunes , mais qiii font lire aisément dans leurs yeux
L'éclatante vertu de leurs braves aïeux.
Don Rodiigue surtout n'a trait en son visage
Qui d'un homme de coeur ne soit la haute image ,
Et sort d'une maison si féconde en guerriers ,
Qu'ils y prennent naissance au milieu des lauriers :
La valeur de son père , en son temps sans pareille ,
Tant qu'a duré sa force , a passé pour merveille ; ^
Ses rides sur son front ont gravé ses exploits , 'î
Et nous disent encor ce qu ii fut autrefois.
.le me promets du fils ce que j'ai vxi du père ;
Et ma fille, en un mot, peut l'aimer et me plaire.
Va l'en entretenir ; mais dans cet entretien
Cache mon sentiment , et découvre le sien.
Je veux qu'à mon retour nous en parlions ensemble :
L'heure à présent m'appelle au conseil qui s'assemble ;
Le roi doit h son fils clioisir un gouverneur ,
Ou plutôt m'élever à ce haut rang d honneur.
Ce que pour lui mon bras chaque jour exécutr
M« défend de penser qu'aucun me le dispute. ^