‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 144 sur 173 · ACTE II, SCÈNE ï. 2o · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE ï. 2o

IMalgré notre? surprise, et mou iusiiffisance, 9 Je vous obéirai, seigneur, sans complaisance, Et mets bas le respect qui pourroit m'empêclicr De combattre un avis où vous semblez penclier; SoufTrez-le d un esprit jaloux de votre gloire, Que vous allez souiller d'une taclie trop noire, Si vous ouvrez votre ame à ces impressions .fusques à condamner toutes vos actions.

Un ne renonce point aux grandeurs légitimes; On garde sans remords ce qu'on acf{uiert sans crimes; Et plus le bien qu'on quitte est noble, grand, exquis. Plus qui l'cse quitter le juge mal acquis. N'imprimez pas, seigneur, cette honteuse marque A ces rares vertus qui vous ont fait monarque j Vous l'êtes justement, et c'est sans attentat Que vous avez changé la forme de l'état. Rome est dessous vos lois par le droit de la guerre, •• Qui sous les lois de Rome a mis toute la terre ; Vos armes l'ont conquise , et tous les conquérants Pour être usurpateurs ne sont pas des tyrans ; Quand ils ont sous leurs lois asservi des provinces , Gouvernant justement ils s'en font justes princes. C'est ce que fit César ; il vous faut aujourd'hui ' *■ Condamner sa mémoire , ou faire comme lui. Si le pouvoir suprême est blâmé par Auguste , César fut un tyran, et son trépas fut juste. Et vous devez aux dieux compte de tout le sang '* Dont vous l'avez vengé pour monter à son rang. N'en craignez point, seigneur, les tristes dcslinccs; '^ Un plus puissant démon veille sui: vos années :

p. Corneille. I. itJ

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On a dix fois sur vous alterné sans elFet, ' 4 Et qui l'a voulu perdre au même instant l'a fait. On entreprend assez , mais aucun n'exécute ; Il est des assassins , mais il n'est plus de Brute : Enfin , s'il faut attendre un semblable revers, Il est beau de mourir maître de l'univers. C'est ce qu'en peu de mots j'ose dire ; et j'estime Que ce peu que j'ai dit est l'avis de Maxime.

MAXIME

Oui , j'accorde qu'Auguste a droit de conserver L'empire où sa vertu l'a fait seule arriver, Et qu'au prix de son sang , au péril de sa tête, Il a fait de l'état une juste conquête. Mais que, sans se noircir, il ne puisse quitter Le fardeau que sa main est lasse de porter, Qu'il accuse par là César de tyrannie.

Qu'il approuve sa mort , c'est ce que je dénie.

Rome est à vous, seigneur, l'empire est votre bien. Cliacun en liberté peut disposer du sien ; Il le peut à son choix garder, ou s'en défaire. Vous seul ne pourriez pas ce que peut le vulgaire 1 Et seriez devenu, pour avoir tout domté, Esclave des grandeurs où vous êtes monté ! Possédez-les, seigneur, sans qu'elles vous possèdent; Loin de vous captiver, souffrez qu'elles vous cèdent] Et faites hautement connoîtrc enfin à tous Que tout ce qu'elles ont est au-dessous de vous. Votre Rome autrefois vous donna la naissance ; ' ^ Vous lui A'oulez donner votre toute-puissance ; Et Cinna vous impute à crime capital ' ^ La libéralité vers le pays natal !

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