‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 38 sur 173 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Je cours, sans balancer, où mon honneur m'oblige. Rodrigue m'est bien cher, son intérêt m'afflige ; Mon cœur prend son parti : mais, contre leur effort. Je sais que je suis fille, et que mon père est mort.

Pensez- vous le poursuivre ?

Ah ! cruelle pense'e !

Et cruelle poursuite où je me vois forcée ! Je demande sa tête , et crains de l'obtenir : Ma mort suivra la sienne , et je le veux punir !

Quittez , quittez , madame , un dessein si tragique ; Ne vous imposez point de loi si tyrannique.

CHIMÈNE

Quoi ! j'aurai vu mourir mon père entre mes bras,

Son sang crîra vengeance , et je ne l'orrai pas !

Mon cœiu- , honteusement surpris par d'autres channes ,

Croira ne lui devoir que d'impuissantes larmes !

Et je pouiTai souffrir qu un amour suborneur

Dans un lAchc silence étouffe mon lionneur !

i: L v ns E.

Madame, croyez-moi, vous serCz excusalile D'avoir moins de chaleur contre ui» objet aimable, Contre un amant si cher : vous avez assez fait; Vous avez vu le roi , n'en pressez point d'effet ; Ne vous obstinez point en cette humeur étrange.

c H i M k N E. H y va de ma gloire, il faut qur je me venge ; El de quoi r\w nous fiattc un désir amoureux, 'loute excuse est honteuse aux esprits généreux.

Mais vous aimez Rodrigue , il ne vous peut déplaire.

CHIMÈNE

Je l'avoue.

ELVIRE

Après tout , que pensez-vous donc faire ?

CHIMÈNE

Pour conserver ma gloire et finir mon ennui , Le poursuivre , le perdre , et mourir après lui.

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