‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 55 sur 173 · LE ROI, D. DIÈGUE, D. ARIAS, D. SANCUE, D. ALONSE, CHIMÈNE, ELYIRE · texte numérisé non relu

LE ROI, D. DIÈGUE, D. ARIAS, D. SANCUE, D. ALONSE, CHIMÈNE, ELYIRE

LE ROI

Enfix soyez contente , Chîmène, le surd'S répond à votre attente. * Si de nos ennemis Rodrigue a le dessus. Il est mort à nos yeux des coups qu'il a reçus j Picndez grâces au ciel qui vous en a vengée.

( à D. Diègiie. )

Voyez comme déjà sa couleur est changée.

D. DIÈGUE

Mais voyez qu'elle pâme, et d'un amour parfait,

Dans cette pâmoison , sire, admirez l'effet.

Sa douleur a trahi les secrets de son ame,

Et ne vous permet plus de douter de sa flamme.

CHIMÈNE

Quoi I Rodrigue est donc mort ?

t£ noi.

IN'on , non , il voit le jour, Et te conserve encore un immuable amour : Calme cette douleur qui pour lui s'intéresse.

CHIMÈNE

Sire, on pâme de joie, ainsi que de tristesse : ^ Un excès de plaisir nous rend tout languissants ; Et, quand il suiprend l'ame, il accable les sens.

L E noi.

Tu veux qu'en ta faveur nous croyions l'impossible •, Chiraèue , la douleur a paru trop visible.

Eh bien , sire, ajoutez ce comlilc à mes malheurs, Nommez ma pâmoison l'effet de mes douleurs : Un juste déplaisir h ce point m'a rc'duite ; Son tiëpas déroboit sa tête à ma poursuite ; S'il mem"t des coups reçus pour le bien du pays, Ma vengeance est perdue et mes desseins trahis : Une si belle fui m'est trop injurieuse. Je demande sa mort, mais non pas glorieuse, Non pas dans un e'clat qui l'élève si haut , Non pas au lit d'honnem- , mais sur un échafaud ; Qu'il meure pour mon père , et non pour la patrie ; Que son nom soit tache , sa mémoire flétrie. Mourir pour le pays n'est pas un triste sort , C'est s'immortaliser par une belle mort. J'aime donc sa victoire , et je le puis sans crime , Elle assure l'état, et me rend ma victime , Mais noble , mais fameuse entre tous les gueniers , Le chef, au lieu de fleurs, couronné de lauriers , Et, pour dire en un mot ce que j'en considère , Digne d'être immolée aux mânes de mon père.... Ilélas ! à quel espoir me laissé-je emporter ! Rodrigue de ma part n'a rien à redoutet . *

Que pourroieiit contre lui des larmes qu'où mépiise 7 Pour lui tout votre empire est un lieu de franchise ; Là, sous votre pouvoir, tout lui devient permis; Il triomphe de moi comme des ennemis.

Dans leur sang répandu la justice élouffée Au crime du vainrpieur sert d'un nouveau trophée ; Nous en croissons la pompe ; et le m/pris des loi<; Nous fuit suivre son char au milieu de deux rois.

LE ROI

Ma fille, ces transports ont trop de violence. Quand on rend la justice , on met tout en balance On a tue' ton père , il ëtoit l'agresseur ; Et la même équité m'ordonne la douceur. Avant qae d'accuser ce que j'en fais paroître. Consulte bien ton cœur : Rodrigue en est le maître ; Et ta flamme en secret rend grâces à ton roi , l*ont la faveur conserve un tel amant pour toi.

Pour moi , mon ennemi î l'objet de ma colère î L'auteur de mes mallieurs I l'assassin de mon père ! ^ De ma juste poursuite on fait si peu de cas. Qu'on me croit obliger en ne m écoutant pas. Puisque vous refusez la justice à mes larmes . Sire , permettez-moi de recourir aux armes ; C'est par là seulement qu'il a su m'outrager. Et c'est aussi par là que je me dois venger. A tous vos cavaliers je demande sa tête ; Oui , qu'un d'eux me l'apporte, et je suis sa conquête ; Qu'ils le combattent , sire ; et , le combat fini . J'épouse le vainqueur, si Kodiigue est puni : Sous votre autorité souffrez qu'on le publie.

LE ROI

Cette vieille coutume en ces lieux établie , Sous couleur de punir un injuste attoitat . Des meilleurs combattants afiijiblit un état ; Sotivent de cet abus le succès déplorable Opprime l'innocent , et .soutient le coupable. J'en dispense Rodrigue ; il m'est trop précieux Poiu l'exposer aux coups d'un sort capricieux j

Et quoi qu'ait pu commettre un cœur si magnanime , Les Maures en fuyant ont emporte' son crime.

D. DIÈGUE

Quoi 1 sire , pour lui seul vous renversez des lois

Qu'a vu toute la cour observer tant de fois !

Que croira votre peuple , et que diia l'envie

Si sous votre défense il ménage sa vie,

Et s'en fait un prétexte à ne paroître pas

Oh tous les gens d'honneur cherchent un beau trépas ?

De pareilles faveurs tcrniroient trop sa gloire.

Qu'il goûte sans rougir les fruits de sa victoire.

Le comte eut de l'audace, il l'en a su punir :

Il l'a fait en brave homme, et le doit soutenir.

LE noi.

Puisque vous le voulez , j'accorde qu'il le fasse : Mais d'un guerrier vaincu mille prendroient la place; Et le prix que Chimène au vainqueur a promis De tous mes cavaliers feroit ses ennemis : L'opjMjser seul à tous seroit trop d'injustice ; Jl suffit qu'une fois il entre dans la lice. Choisis qui lu voudras, Chimène, et choisis bien ; Mais après ce combat ne demande plus rien,

D. DIÈGUE

N'excusez point par là ceux que son bras étonne ; T.aissez un champ ouvert où n'entrera personne. Après ce que Rodrigue a fait voir aujouid'hui , Quel courage assez vain s'oseroit prendre à lui? Qui se hasardfroit contre un tel adversaire? Qui seroit ce vaillant, ou bien ce téméraire?

D. S ANC HE

Faites ouvrir le champ : vous voyez l'assaillant ; Je suis ce téméraire , ou plutôt ce vaillant.

( à Chiraènc. )

Accordez cette grâce ù l'ardeur qui me presse. Madame , vous savez quelle est votie promesse.

LE ROI

Chim^ène , remets- tu ta querelle en sa main ?

CHIMÈNE

Sire , je l'ai promis.

LE noi.

Soyez prêt à demain.

D. D lÈ&UE.

Non , sire , il ne faut pas différer davantage -,

Ou est toujours tout prêt quand on a du covu'age.

LE ROI

Sortir d'une bataille , et combattre à l'instant !

D. DIÈGUE

Rodrigue a pris haleine en vous la racontant.

LE ROI

Du moins une heure ou deux je veux qu'il se délasse. Mais de peur qu'en exemple un tel combat ne passe, Pour témoigner à tous qu'à regret je permets Un sanglant procédé qui ne me plut jamais, De moi ni de ma cour il n'aura la présence. 4

(al). Arias. )

Vous seul des combattants jugerez la vaillance. Ayez soin que tous deux fassent en gens de cœur,

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