‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 86 sur 173 · CURIACE, CAMILLE · texte numérisé non relu

CURIACE, CAMILLE

CAMILLE

In AS-TU, Curiace? et ce funeste honneur ' Te plaît-il aux dépens de tciut notre bonheur ?

eu m A CE.

Hélas ! je vois trop bien qu'il I; ut , quoi que je fasse , IMourii" ou de douleur, ou de la main d'JIo;ace. Je vais comme au supplice à cet illustre empl.)i; Je maudis mille fois l'état qu'on fait de moi: Je liais cette valeur qui fait qu'.Vlbe m'cstiiiie : Ma flamme au dé.-.cspoir passe jusques au crime , Elle se prend au ciel , et l'ose quereller. Je vous pl:iins , je me plains ; mais il y faut aller.

CAMILLE

iVon , je te connois mieux : tu veux que je te prie , Et qu'ainsi mon pouvoir t'excuse à ta patrie. '■* Tu n'es que trop fameux par tes auties exploits: Albe a reçu par eux tout ce que lu lui do's., Autre n'a mieux que toi soutenu cette guerre; Autre de plus de morts n'a couvert notre terre : ^ Ton nom ne peut plus croître, il ne lui manque rien; Souffre qu'un autre ici puis.se ennoblir le sieji.

eu m ACE.

Que je souffre Ix mes yeux qu'on ceigne une autre tête Des lauiicis immortels (jue la jçloire m'iippréte, Ou que tout mon pays reproclie k ma vertu Qu'il auroit triomphé si j'avois combattu,

I20 HORACE

Et que sous mon amour ma valeur endormie

Couronne tant d'exploits d'une telle infamie !

Non , Albe , après Thonneur que j'ai reçu de toi ,

Tu ne succomberas ni vaincras que par moi ;

Tu m'as commis ton sort, je t'en rendrai bon compte;

Je vivrai sans reproche , ou périrai sans honte.

CAMILLE

Quoi ! tu ne veux pas voir qu'ainsi tu me trahis !

Avant que d'être à vous , je suis à mon pays.

CAMILLE

Mais te priver pour hii toi-même d'un beau-iVère , Ta sœur de son mari !

CURIACE

Telle est notre misère :

Le choix d'Albe et de Rome ôte toute douceur Aux noms jadis si doux de beau-frère et de sœur.

CAMILLE

Tu pourras donc . cruel , me pre'senter sa tête , Et demander rua main pour prix de ta conquête !

(fc R I A c E.

Il n'y faut plus penser en lélat où je suis ; Vous aimer sans espoir, c'est tout ce que je puis. Vous en pleurez, Camille !

CAMILLE

U faut bien que je pleure :

Mon insensible amant ordonne que je meure ; Et quand Ihymen pour nous allume son flambeau, Il l'tteint de sa main pour m'ouvrir le tomljeau. Ce cœur impitoyable à ma perte s'obstine , El dit qu'il m'aime encore alors qu il m assassine.

ACTEII, SCÈNE V. 121

eu RI ACE.

Que les pleurs d'une amante ont de puissants discours ! 4 Et qu'un bel œil est fort avec un tel secours ! 5 Oiie mon coeiu' s'attcndiit à cette triste vue !

Ma constance contre elle h regret s'évertue.

^'attaquez plus n.a gloire avec tant de douleurs, ^

Et laissez-moi sauver ma vertu de vos pleurs ;

Je sens qu'elle chancelle et défend mal la place.

Plus je suis votre amant, moins je suis Curiace.

FoiWe d'avoir déji combattu l'amitié',

Vaincroit-elle à la fi.>is l'amour et la pitié' ?

Allez, ue m'aimez plus, ne versez plus de larmes,

Ou j'oppose roflrcnse à de si fortes armes;

Je me défendrai niiou\ contre votre courroux ,

Et, pour le mériter. ... je n'ai plus d'yeux pour vous.

Vengez-vous d'ui: ingrat , punissez un volage

Vous ne vous montrez point sensible à cet outrage ! 7 le n'ai plus d'yeux pour vous, vous en avez pour moi'. En faut-il plus cncor? je renonce à ma foi.

Piigoureuse vertu dont je suis la victime, Ne peux-tu résister sans le secours d'un crime ?

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