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LE YI FIL HORACE, SABINE, CAMILLE

LE VIEIL HORACE

Je viens vous apporter de f'icheuses nouvelles, * Mes filles; mais en vain jn voudrois vous cv.hir '

Ce qu'on ne vous sauroit long-temps dissimuler: Vos frères sont aux mains, les dieux ainsi l'ordonnent.

SABINE

Je veux bien l'avouer, ces nouvelles m'élonnent ;

i36 HORACE.

Et je m'imaglnois dans la divinité

Beaucoup moins d'injustice , et bien plus de bonté.

Ne nous consolez point contre tant d'infortune ; "^

La pitié parle en vain , la raison importune.

Nous avons en nos mains la fin de nos douleurs ;

Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs.

Nous pourrions aisément faire en votre présence ^^

De notre désespoir une fausse constance ;

Mais quand on peut sans honte être sans fermeté , 4

L'affecter au deliors , c'est une lâcheté ;

L'usage d'un tel art , nous le laissons aux hommes ,

Et ne voulons passer que pour ce que nous sommes.

Nous ne demandons point qu'un courage si fort S'abaisse , à notre exemple , à se plaindre du sort. Recevez sans frémir ces mortelles alarmes ; Voyez couler nos pleurs sans y mêler vos larmes ; Enfin , pour toute grâce , en de tels déplaisirs , Gaidez votre coJistance, et souflrez nos soupirs.

LE VIEIL HOnACE.

Loin de blâmer les pleurs que je vous vois répandre,

Je crois faire beaucoup de m'en pouvoir défendre ,

Et cèderois peut-être à de si rudes coups

Si je preuois ici même intérêt que vous :

Non qu'Albc par son choix m'ait fait haïr vos frères,

Tous trois me sont encor des personnes bien chères ;

Mais enfin l'amitié n'est pas de même rang .

Et n'a point les effets de l'amour ni du sang ;

Je ne sens point pour eux la douleur qui tourmente

Sabine comme sœur, Camille comme amante:

Je puis les regarder comme nos ennemis ,

Et donne sans regret mes souhaits à mes fils.

Ils sont , grâces aux dieux , dignes de leur patrie ;

Aucun étonnemcnt n'a leur gloire flétrie ;

Et j'ai vu leur honneur croître de la moitié

Quand ils ont des deux camps refustf la pitié'.

Si par ({uclque foiblesse ils l'avoient mendiée,

Si leur haute vertu ne l'eût répudie'e,

Ma main bientik sur eux m'eût venge' hautement ^

De l'aflVontque m'eût fait ce mol consentemeut.

Mais lorsqu'en dépit d'eux on en a voulu d'autres ,

Je ne le cèle point, j'ai joint mes vœux aux vôtres.

Si le ciel pitoyable eût écouté ma voix ,

Albe seroit réduite à faire un autre choix ;

Nous pourrions voir tantôt triompher les lloraces

Sans voir leurs bras souillés du sang des f luriaccs ,

Et de l'événement d'un combat plus liuiuain

Dépendroit maintenant I honneur du nom romain.

La prudence des dieux autrement en dispose ;

Sur leur ordre éternel mon esprit se repose :

Il s'arme, en ce besoin , de générosité,

Et du l)onheur public fait sa félicité.

Tâchez d'en faire autant pour soulager vos peines ,

Et songez toutes deux que vous êtes Romaines :

\ ous l'êtes devenue, et vous l'êtes encor;

Un si glorieux titre est un digne trésor. ''

Ln jour, un jour viendra |ue par toute la terre

Rome se fera craindre à l'égal du tonnerre.

Et que , tout lunivers tremblant dessous ses lois,

Ce grand nom deviendra l'andiition des rois :

T. es dieux à notre Énée ont promis celte gloire.

la.

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