‹ Chefs-d'œuvre de Pierre CorneilleChapitre 105 sur 117 · SCENE Y · texte numérisé non relu

SCENE Y

HORACE, CAMILLE, PROCULE (Procule porte en sa main les trois épées des Curiaces.)

HORACE

Ma sœur, voici le bras qui venge nos deux frères,

Le bras qui rompt le cours de no* destins contraires,

Qui nous rend maîtres d’Albe; enfin voici le bras Qui seul fait aujourd’hui le sort de deux Etats.

HORACE

Vois ces marques d’honneur, ces témoins de ma gloire, Et rends ce que tu dois à l’heur de ma victoire.

CAMILLE

Recevez donc mes pleurs, c’est ce que je lui dois.

HORACE

Rome n’en veut point voir après de tels exploits,

Et nos deux frères morts dans le malheur des armes Sont trop payés de sang pour exiger des larmes. * Quand la perte est vengée, on n’a plus rien perdu.

CAMILLE

Puisqu’ils sont satisfaits par le sang répandu,

Je cesserai pour eux de paraître affligée,

Et j’oublierai leur mort que vous avez vengée;

Mais qui me vengera de celle d’un amant Pour me faire oublier sa perte en un moment?

HORACE

Que dis-tu, malheureuse?

CAMILLE

O mon cher Curiace!

HORACE

O d’une indigne sœur, insupportable audace !

D’un ennemi public dont je reviens vainqueur Le nom est dans ta bouche et l’amour dans ton cœuri Ton ardeur criminelle à la vengeance aspire!

Ta bouche la demande, et ton cœur la respire!

Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs,

Ne me fais plus rougir d’entendre tes soupirs!

Tes flammes désormais doivent être étouffées;

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