SABINE, HORACE, PROCULE
SABINE
A quoi s’arrête ici ton illustre colère?
Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père.
HORACE
Viens repaître tes yeux d’an spectacle si doux,
Ou, si tu n’es point las de ces généreux coups,
Immole au cher pays des vertueux Horaces Ce reste malheureux du sang des Curiaces.
Si prodigue du tien, n’épargne pas le leur;
Joins Sabine à Camille, et ta femme à ta soeur.
Nos crimes sont pareils, ainsi que nos misères;
Je soupire comme elle et déploré mes frères :
Plus coupable en ce point contre tes dures lois Qu’elle n’en pleurait qu’un, et que j’en pleure trois, Qu’après son châtiment ma faute continue.
HORACE
Sèche tes pleurs, Sabine, ou les cache à ma vue. Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié,
Et ne m’accable point d’une indigne pitié.
Si l’absolu pouvoir d’une pudique flamme
Ne nous laisse à tous deux qu’un penser et qu’une âme,
C’est à toi d’elever tes sentiments aux miens,
Non à moi de descendre à la honte des tiens.
Je t’aime, et je connais la douleur qui te presse : Embrasse ma vertu pour vaincre ta faiblesse,
Participe à ma gloire au lieu de la souiller.
Tâche à t’en revêtir, non à m’en dépouiller.
Es-tu de mon honneur si mortelle ennemie Que je te plaise mieux couvert d’une infamie?
Sois plus femme que sœur, et, te réglant sur moi. Fais-toi de mon exemple une immuable loi.
SABINE
Cherche pour t’imiter des âmes plus parfaites.
Je ne t’impute point les pertes que j’ai faites,