‹ Chefs-d'œuvre de Pierre CorneilleChapitre 11 sur 117 · SCÈNE y · texte numérisé non relu

SCÈNE y

DON D1ÈGUE

O rage! 6 désespoir? ô vieillesse ennemie!

N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie?

Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers? Mon bras qu’avec respect toute l’Espagne admire. Mon bras qui tant de fois a sauvé cet empire,

Tant de fois affermi le trône de son roi,

Trahit donc ma querelle et ne fait rien pour moi ?

O cruel souvenir de ma gloire passée !

Œuvre de tant de jours en un jour effacée !

Nouvelle dignité fatale à mon bonheur!

Précipice élevé d’où tombe mon honneur!

Faut-il de votre éclat voir triompher le comte,

Et mourir sans vengeance ou vivre dans la honte? Comte, sois de mon prince à présent gouverneur;

Ce haut rang n’admet point un homme sans honneur, El ton jaloux orgueil, par cet affront insigne,

Malgré le choix du roi, m’en a su rendre indigne. Et toi, de mes exploits glorieux instrument,

Mais d’un corps tout de glace inutile ornement,

Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense, M’as servi de parade, et non pas de défense,

Va, quitte désormais le dernier des humains,

Passe, pour me venger, en de meilleures mains.

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