‹ Chefs-d'œuvre de Pierre CorneilleChapitre 15 sur 117 · DON ARIAS, LE COMTE · texte numérisé non relu

DON ARIAS, LE COMTE

LE COMTE

Je l’avoue, entre nous, mon sang un peu trop chaud S’est trop ému d’un mot, et l’a porté trop haut. Mais, puisque c’en est fait, le coup est sans remède*

DON ARIAS

Qu’aux volontés du roi ce grand courage cède :

Il y prend grande part ; et son cœur irrité Agira contre vous de pleine autorité.

Aussi vous n’avez point de valable défense.

Le rang de l’offensé, la grandeur de l’offense, Demandent des devoirs et des soumissions Qui passent le commun des satisfactions.

Le roi peut à son gré disposer de ma vie*

DON ARIAS

De trop d’emportement votre faute est suivie;

Le roi vous aime encore; apaisez son courroux*

Il a dit : je LE veux; désobéirez-vous?

LE CID

LE COMTE

Monsieur, pour conserver tout ce que j’ai d’estime, Désobéir un peu n’est pas un si grand crime ;

Et, quelque grand qu’il soit, mes services présents Pour le faire abolir sont plus que suffisants.

DON ARIAS

Quoi qu’on fasse d’illustre et de considérable. Jamais à son sujet un roi n’est redevable.

Vous vous flattez beaucoup, et vous devez savoir Que qui sert bien son roi ne fait que son devoir. Vous vous perdrez, monsieur, sur cette confiance.

LE COMTE

Je ne vous en croirai qu’après l’expérience.

DON ARIAS

Vous devez redouter la puissance d’un roi.

Un jour seul ne perd pas un homme tel que moi, Que toute sa grandeur s’arme pour mon supplice, Tout l’Etat périra s’il faut que je périsse.

DON ARIAS

Quoi! vous craignez si peu le pouvoir souverain.

LE COMTE

D’un sceptre qui sans moi tomberait de sa main.

Il a trop d’intérêt lui-même en ma personne,

Et ma tête en tombant ferait choir sa couronne.

DON ARIAS j

Souffrez que la raison remette vos esprits;

Prenez un bon conseil.

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