ACTE IV, SCÈNE lit
Point de soldats au port, point aux murs de la ville. Notre profond silence abusant Lurs esprits,
Ils n’osent plus douter de nous avoir surpris;
Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent,
Et courent se livrer aux mains qui les attendent.
Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants :
Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent ;
Ils paraissent armés, les Maures se confondent, L’épouvante les prend à demi descendus ;
Avant que de combattre, ils s’estiment perdus.
Us couraient au pillage et rencontrent la guerre :
Nous les pressons sur l’eau, nous les pressons sur terre. Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang . Avant qu’aucun résiste ou reprenne son rang.
Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient,
Leur courage renaît, et leurs terreurs s’oublient :
La honte de mourir sans avoir combattu Arrête leur désordre et leur rend leur vertu.
Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfangcs,
De notre sang au leur font d’horribles mélangés :
Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port,
Sont des champs de carnage où triomphe la mort.
Oh ! combien d’actions, combien d’exploits célèbres Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres,
Où chacun, seul témoin des grands coups qu’il donnait. Ne pouvait discerner où le sort inclinait!
J’allais de tous côtés encourager les nôtres,
Faire avancer les uns et soutenir les autres,
Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour :
Et ne l’ai pu savoir jusques au point du jour.
Mais enfin sa clarté montre notre avantage ;
Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage,
! Et, voyant du renfort qui nous vient secourir,
L’ardeur de vaincre cède à la peur de mourir.
LE CID
Ils gagnent leurs vaisseaux, ils' en coupent les câbles. Poussent jusques aux deux des cris épouvantables, Font retraite en tumulte et sans considérer Si leurs rois avec eux peuvent se retirer.
Pour souffrir ce devoir leur frayeur est trop forte :
Le flux les apporta, le reflux les remporte;
Cependant que leurs rois, engagés parmi nous,
Et quelque peu des leurs, tout percés de nos coups, Disputent vaillamment et vendent bien leur vie.
A se rendre moi-même en vain je les convie :
Le cimeterre au poing ils ne m’écoutent pas :
Mais, voyant à leurs pieds tomner tous leurs soldats. Et que seuls désormais en vain ils se défendent,
Ils demandent le chef ; je me nomme, ils se rendent. Je vous les envoyai tous deux en même temps ;
Et le combat cessa faute de combattants.
C’est de cette façon que, pour votre service...