‹ Chefs-d'œuvre de Pierre CorneilleChapitre 51 sur 117 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

DON FERNAND

Puisque vous le voulez, j’accorde qu’il le fasse;

Mais d’un guerrier vaincu mille prendraient la place. Et le prix que Chimène au vainqueur a promis De tous mes cavaliers ferait ses ennemis:

L’opposer seul à tous serait trop d’injustice;

Il suffit qu’une fois il entre dans la lice.

Choisis qui tu voudras, Chimène, et choisis bien; Mais après ce combat ne demande plus rien.

DON DIÈGUE

N’excusez point par là ceux que son bras étonne; Laissez un champ ouvert où n’entrera personne. Après ce que Rodrigue a fait voir aujourd’hui,

Quel courage assez vain s’oserait prendre à lui?

Qui se hasarderait contre un tel adversaire?

Qui serait ce vaillant ou bien ce téméraire?

DON SANCHE

Faites ouvrir le champ : vous voyez l’assaillant;

Je suis ce téméraire, ou plutôt ce vaillant.

Accordez cette grâce à l’ardeur qui me presse. Madame, vous savez quelle est votre promesse.

DON FERNAND

Chimène, remets-tu ta querelle en sa main ?

CHIMÈNE

Sire, je l’ai promis.

DON FERNAND Soyez prêt à demain.

LE GID

DON DIÈGUE

Non, Sire, il ne faut pas différer davantage:

On est toujours trop prêt quand on a du courage.

DON FERNAND

Sortir d’une bataille et combattre à l’instant!

DON DIÈGUE

Rodrigue a pris haleine en vous la racontant.

DON FERNAND

Du moins une heure ou deux je veux qu’il se délasse, Mais, de peur qu’en exemple un tel combat ne passe, Pour témoigner à tous qu’a regret je permets Un sanglant procédé qui ne me plut jamais,

De moi ni de ma cour il n’aura la présence.

(A Don Arias.)

Vous seul des combattants jugerez la vaillance.

Ayez soin que tous deux fassent en gens de cœur,

Et, le combat fini, m’amenez le vainqueur.

Quel qu’il soit, même prix est acquis à sa peine:

Je le veux de ma main présenter à Chimène,

Et que pour récompense il reçoive sa foi.

CHIMÈNE

Quoi, Sire, m’imposer une si dure loi!

DON FERNAND

Tu t’en plains; mais ton feu, loin d’avouer ta plainte, Si Rodrigue est vainqueur, l’accepte sans contrainte. Cesse de murmurer contre un arrêt si doux;

Qui que ce soit des deux, j’en ferai ton époux.

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