‹ Chefs-d'œuvre de Pierre CorneilleChapitre 58 sur 117 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

ELVIRE

D’un et d’autre côté je vous vois soulagée :

Ou vous avez Rodrigue, ou vous êtes vengée;

Et, quoi que le destin puisse ordonner de vous,

Il soutient votre gloire et vous donne un époux.

Quoi ! l’objet de ma haine, ou bien de ma colère L’assassin de Rodrigue, ou celui de mon père!

De tous les deux côtés on me donne un mari Encor tout teint du sang que j’ai le plus chéri.

De tous les deux côtés mon âme se rebelle.

Je crains plus que la mort la fin de ma querelle.

Allez, vengeance, amour, qui troublez mes esprits, Vous n’avez point pour moi de douceurs à ce prix :

Et loi, puissant moteur du destin qui m’outrage, Termine ce combat sans aucun avantage,

Sans faire aucun des deux ni vaincu ni vainqueur.

ELVIRE

Ce serait vous traiter avec trop de rigueur.

Ce combat pour votre âme est un nouveau supplice, S’il vous laisse obligée à demander justice,

A témoigner toujours ce haut ressentiment,

Et poursuivre toujours la mort de votre amant. Madame, il vaut bien mieux que sa rare vaillance,

Lui couronnant le front, vous impose silence ;

Que la loi du combat étouffe vos soupirs,

Et que le roi vous force à suivre vos désirs.

CHIMÈNF-

Quand il sera vainqueur, crois-tu que je me rende ? Mon devoir est trop fort, et ma perte est trop grande;

LS CID

Et ce n’est pas assez, pour leur faire la loi.

Que celle du combat et le vouloir du roi.

Il peut vaincre don Sanche avec fart peu de peine., Mais non pas avec lui la gloire de Chimène;

Et, quoi qu’à sa victoire un monarque ait promis, Mon honneur lui fera mille autres ennemis.

ELVIRE

Gardez, pour vous punir de cet orgueil étrange.

Que le ciel à la fin ne souffre qu’on vous venge.

Quoi! vous voulez encor refuser le bonheur De pouvoir maintenant vous taire avec honneur?

Que prétend ce devoir, et qu’est-ce qu’il espère?

La mort de votre- amant vous rendra-t-elle un père? Est-ce trop peu pour vous que d’un coup de malheur? Faut-il perte sur perte, et douleur sur douleur?

Allez, dans le caprice où votre humeur s’obstine,

Vous ne méritez pas l’amant qu’on vous destine;

Et nous verrons du ciel l’équitable courroux Vous laisser, par sa mort, don Sanche pour époux.

CHIMÈNE

El vire, c’est assez des peines que j’endure.

Ne les redouble point par ce funeste augure.

Je veux, si je le puis, les éviter tous deux; Sinon, en ce combat Rodrigue a tous mes vœux: Non qu’une folle ardeur de son côté me penche? Mais, s’il était vaincu, je serais à don Sanche. Cette appréhension fait naître mon souhait....

Que vois-je! malheureuse î'Elvire, c’en est fait.

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