‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 110 sur 224 · ACTE m, SCÈNE IV. i5y · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IV. i5y

5>oii cœur, doot la contrainte irritoit les désirs, !Ve m*en donna pas moins ses plus ardents soupirs. Par mni qui Tiisurpai vous en ftttes bannie ; Je vous nuisis, madame, et je m'en suis punie. Pour valus rendre les voeux que j*osois détourner, On demanda ma main, je la voulus donner.

J^Joigné de la cour, il sut cette nouvelle :

Il revient furieux , rend le peuple rebelle.

S'en fait suivre au palais dans le moment fatal Que rhymen me livrait au pouvoir d'un rival ; Il venoit Tempécher, et c'est ce qu'il vous cache. Voilà par où le crime à sa gloire s'attache; On traite de révolte un fier emportement.

Pardonnable peut-être aux ennuis d'un amant.

S'il semble un attentat, s'il en a l'apparence , L aveu que je vous fais prouve son iuuucence. Enfin, madame, eofiu, par tout ce qui jamais Put surprendre, toucher, enflammer vos soubails. Par les pluà tendres vœux dont vous fûtes capable, Par lui-même, pour vous l'objet le plus aimable. Sur des témoins suspects qui n'ont pu l'étonner, Ses juges à la mort l'ont osé condamner.

Accordez-moi ses jours pour prix du sacrifice Qui m'arreohant à lui vous a rendu justice ; Mon cœur en souffire assez pour mériter de vous

i6o LE COMTE D ESSEX.

Contre un si cher coupable un peu moins de courrouj^.

ELISABETH

Ai-je bien entendu ? Le perfide vous aime,

Me dédaigne, me brave; et, contraire à moi-même.

Je vous assurerois, en l'osant secourir,

La douceur d'être aimée et de me voir sou&ir !

Non , il faut qu'il périsse , et que je sots vengée ;

Je dois ce coup funeste à ma flamme outragée :

Il a trop mérité Tarrèt qui le punit ;

Innocent ou coupable, il vous aime, il suffit.

S'il n'a point de vrai crime , ainsi qu'on le veut croire.

Sur le crime apparent je sauverai ma gloire ;

Et la raison d'état , en le privant du jour.

Servira de prétexte à la raison d*amour.

LA DUCHESSE

Juste ciel ! vous pourriez vous immoler sa vie? Je ne me repens ]K>int de vous avoir servie ; Mais, hélas! qu'ai-je pu faire plus contre moi, Pour le rendre à sa reine , et rejeter sa foi ? Tout parloit, m'assurait de son amour extrême ; Pour mieux me l'arracher, qu'auriez- vous fait vousmême?

Moins que vous; pour lui seul, quoi qu'il fût arrivé, Toujours tout mon amour se seroit conservé.

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