‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 156 sur 224 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Mais je dois bientôt Tètre au fils du grand Lucas : Il se nomme Piarrot. C'est m'a tante Phlipotte Qui nous fait marier.

DOK JUAN.

Quoi ! TOUS , belle Charlotte, D*un simple paysan être la femme ? Non :

Il TOUS faut autre chose ; et je crois tout de bon Que le ciel m*a conduit exprès dans ce village Pour rompre cet injuste et honteux mariage ; Car enfin je vous aime ; et , malgré les jaloux , Pourvu que je vous plaise, il ne tiendra qu'à vous Qu'on ne trouve moyen de vous faire paroitre Dans réclat des honneurs où vous méritez d'être. Cet amour est bien prompt , je l'avouerai ; mais, quoi ! Tos beautés, tout d'un coup, ont triomphé de moi ; Et je vousaimeautantjCharlotte, en un quart d'heure, Qu'on aimeroit une autre en six mois.

CHARLOTTE

Oui ?

DOH JUAK.

Je meure S'il est rien de plus vrai I

CHARLOTTE

Monsieu , je voudrais bien Que ça fût tout comm' ça; car vous ne m'dites rien

Qui oe m*fiiisse assé zaise , et j'àurois bian envie De nVous mécroire point ; mais j'ai tonte nui vie Entendu dire à ceux qui savon bian c*que c'est , Qu*i n'est point de monsieu qui ne soit tonjon prêt A tromper qneuque fille , à moins qu'ai' n'y regarde.

DOH JXJKm.

Snis-je de ces gens -là ? Non, Charlotte.

8aA]fAREI.i:.E.

Il n'a garde.

DOIT JDAir.

Le temps vous fera voir comme j'en veux user.

CHARLOTTE

Aussi je n'voudrois pas me laisser abuser, Voyez-vou : si j'sis pauvre , et native au villlage, J'ai d'I'honneur , tout autant qu'on en ait à mon âge; Et, pour tout l'or du monde, on n'me pourroit tenter. Si j*pensois qu'en m'aimant l'en me IVoulût ôter.

DON JÛAV.

Je voudrois vous Voter , moi ? ce soupçon m^oflense. Croyez que pour cela j'ai trop de conscience ; Et que, si vos appas m'ont su d'abord charmer, Ce n'est qu'en tout honneur que je vous veux aimer. Pour vous le faire voir, apprenez que dans l'ame J'ai formé le dessein de vous faire ma femme : J'en donne ma parole ; et pour vous, au besoin,

Page 1