ACTE II, SCÈNE VII
C*est là , ma sœur, c'est là, sans pitié, sans tendresse, Comme après un for&it si noir, si peu commun, On traite les ingrats ; et Thésée en est un.
Mais quoi qu*à ma vengeance un fier dépit suggère. Mon amour est eucor plus fort que ma colère.
Ma main tremble; et, malgré son parjure odieux. Je vois toujours en lui ce que j'aime le mieux.
PHÈDBE.
Un revers si cruel tous rend , sans doute , à plaindre ; Et vous voyant souffrir ce qu'on n*a pas dû craindre , On conçoit aisément jusqu'où le désespoir...
▲ RIAlfE.
Ab! qu'on est éloigné de le bien concevoir!
Pour pénétrer Thorreur du tourment de mon ame, n faudroit qu'on sentit même ardeur, niéroe flamme ; Qu'avec même tendresse on eût donné sa foi :
Et personne jamais n'a tant aimé que moi.
Se peut-il qu'un héros d'une vertu sublime Souille ainsi... Quelquefois le remords suit le crinM*. Si le sien lui faisoît sentir ces durs combats... Ma sœur, au nom des dieux, ne m'abandonnez pas. Je sais que vous m'aimez, et vous le devez faire. Vous m'avez dès l'enfance été toujours si chère , Que cette inébranlable et fidèle amitié Mérite bien de vous au moins quelque pitié.
4a ARIANE.
^Uez trouver... bêlas! dirai-je mon parjure?
Peignez4ui bien Texcès du tourment que j*endure. Prenez, pour Tarracber à son nouveau penchant , Ce que les plus grands maux offrent de plus touchant. Dites-lui qu'à son feu j'immolerois ma vie.
S'il pouvoit vivre heureux après m'avoir trahie. D'un juste et long remords avancez-lui les coups. Enfin, ma sœur, enfin je n'espère qu'en vous. Le ciel m'inspira bien, quand par Tamour séduite Je vous fis malgré vous accompagner ma fuite : Il semble que dès-lors il me faisoit prévoir Le funeste besoin que j'en devois avoir.
Sans vous, à mes malheurs où chercher du remède ?
PHEDRE
Je vais mander Thésée ; et si son cœur ne cède. Madame, en lui parlant, vous devez présumer...
▲ RIAITB.
Hélas! et plût au ciel que vous sussiez aimer. Que vous pussiez savoir, par votre expérience, Jusqu'où d'un fort amour s'étend la violence! Pour émouvoir l'ingrat , pour fléchir sa rigueur. Vous trouveriez bien mieux le chemin de son cœur ; Tous auriez plus d'adresse à lui feire l'image De mes confus transports de douleur et de rage : Tous les traits en seroieut plus vivement tracés.