‹ Chefs-d'œuvreChapitre 62 sur 74 · LES MÊMES · texte numérisé non relu

LES MÊMES

MONSIEUR DES RENARDEAUX s'affuble d'une énorme perruque, d'un bonnet carré et d'une robe de palais, s'assied gravement dans le fauteuil à bras et dit à mademoiselle Beaulieu :

Je VOUS constitue huissière audiencière. Appelez les parties.

MADEMOISELLE BEAULIEU

Il y a plainte de la veuve madame Bertrand contre le sieur

Hardouin,

MONSIEUR DES RENARDEAUX

Qu'elle paraisse... Quels sont vos griefs ? de quoi vous plaignez-vous ?

MADAME BERTRAND

De ce que le sieur Hardouin que voilà se dit père de mon

enfant.

MONSIEUR DES RENARDEAUX

L'est-il?

MADAME BERTRAND Non.

MONSIEUR DES RENARDEAUX Levez la main et affirmez.

MADAME BERTRAND lève la main.

Et de ce que sous ce titre usurpé il sollicite une pension.

MONSIEUR DES RENARDEAUX

L'obtient-il ?

MADAME BERTRAND Oui.

MONSIEUR DES RENARDEAUX

Condamonns ladite Dame Bertrand à restituer la façon.

===== EST-IL BON ? EST-IL MÉCHANT

MADEMOISELLE BEAULIEU Il y a plainte des dame et demoiselle de Vertillac et sieur de Craucey contre ledit sieur Hardouin,

MONSIEUR DES RENARDEAUX

Que les dame et demoiselle de Vertillac paraissent... Quels sont vos griefs ? de quoi vous plaignez-vous ?

MADAME DE VERTILLAC

C'est un homme horrible, abominable.

MONSIEUR DES RENARDEAUX Point d'injures. Au fond, au fond.

MADAME DE VERTILLAC, à madame de Chepy. Bonne amie, parlez pour moi.

MADAME DE CHEPY

Pour consommer un mariage auquel une mère s'opposait, il a supposé la fille grosse, il a contrefait des lettres et lié la mère par un dédit.

Je sais. Que le dédit soit lacéré sur-le-champ ; que le sieur Hardouin, la demoiselle de Vertillac et le sieur de Crancey se jettent aux pieds de madame de Vertillac et que la dame de Vertillac les relève et les embrasse, {ils se jettent aux pieds de madame de Vertillac, qui hésite et qui dit à madame de Chepy :) MADAME DE VERTILLAC

Que ferai- je, bonne amie ?

MADAME DE CHEPY

Ce que le juge ordonne et ce que votre cœur vous dit.

M.\DA:ME DE VERTILLAC relève et embrasse sa fille et M. de Crancey, et dit à M. Hardouin :

Et toi, double traître, il faut t'embrasser aussi, (Et elle l'embrasse.)

MADEMOISELLE BEAULIEU

Il y a plainte de madame de Chepy contre ledit sieur Hardouin.

MONSIEUR DES RENARDEAUX

Je sais. Renvoyés dos à dos, sauf à se retourner en temps et lieu.

MADEMOISELLE BEAULIEU

Il y a plainte du sieur Des Renardeaux, avocat, juge et partie, contre le sieur Hardouin.

MONSIEUR DES RENARDEAUX

Le sièur Des Renardeaux pardonnera au sieur Hardouin

à la condition que ledit sieur Hardouin le mettra, sans délai

DIDEROT =r.

ni prétexte aucuns, en possession d'une certaine chaise à porteurs, et qu'il subira une retraite de deux mois au moins à Gisors pour n'y rien faire ou pour y faire ce que bon lui semblera.

MADEMOISELLE BEAULIEU

Il y a plainte du sieur de Surmont, bon ou mauvais poète, contre le sieur Hardouin.

MONSIEUR DES RENARDEAUX

Qu'il paraisse... Quels sont vos griefs? de quoi vous plaignez-vous ?

MONSIEUR DE SURMONT

De ce que l'on me demande une pièce ; qu'on se fait un mérite d'un service que je rends; que je m'enferme toute une journée pour faire la pièce ; et quand je l'apporte, qu'on me déclare qu'elle ne se jouera pas.

MONSIEUR DES RENARDEAUX Condamnons le sieur Hardouin, qui a commandé la pièce qu'on ne jouera pas, à une amende de six louis, applicable aux cabalistes du parterre de la Comédie-Française, sans compter les gages du chef de meute, à la première représentation de la pièce que le bon ou le mauvais poète de Surmont fera et qu'on jouera.

MADEMOISELLE BEAULIEU Il y a plainte d'une demoiselle Beaulieu contre les sieurs de Surmont et Hardouin conjointement.

MONSIEUR DES RENARDEAUX

Qu'elle parai-sse... Quels sont vos griefs? de quoi vous plaignez-vous ?

MADEMOISELLE BEAULIEU

D'un vilain rôle, d'un rôle malhonnête. A chaque ligne, à chaque mot ma pudeur alarmée .

MONSIEUR DES RENARDEAUX

Condamnons le sieur de Surmont, poète indécent, à s'observer à l'avenir, et, pour le moment, à prendre la main de mademoiselle, sans la serrer, et à la présenter à l'amie de sa maîtresse pour en obtenir quelque grâce, si le cas y échet.

TOUS, excepté madame Bertrand qui reste affligée dans son fauteuil.

Bravo ! bravo !

MADEMOISELLE BEAULIEU Paix-là, paix-là, paix-là.

EST-IL BON ? EST-IL MÉCHANT

Page 1