‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 131 sur 201 · ARSINOÉ, ATTALE · texte numérisé non relu

ARSINOÉ, ATTALE

ARSINOÉ

Nous triomphons , Attale ; et ce grand Nicomède

Voit quelle digne issue à ses fourbes succède.

Les deux accusateurs que lui-même a produits;,

Que pour l'assassiner je dois avoir séduits,

Pour me calomnier subornés par lui-même ,

N'ont su bien soutenir un si noir stratagème :

Tous deux m'ont accusée , et tous deux avoué

L'infâme et lâche tour qu'un prince m'a joué.

Qu'en présence des rois les vérités sont fortes !

Que pour sortir d'un cœur elles trouvent de portes !

Qu'on en voit le mensonge aisément confondu !

Tous deux voulaient me perdre, et tous deux l'ont perdu.

ATTALE

Je suis ravi de voir qu'une telle imposture Ait laissé votre gloire ei plus grande et plus pure ; Mais pour l'examiner, et bien voir ce que c'est , Si vous pouviez vous mettre un peu hors d'intérêt. Vous ne pourriez jamais , sans un peu de scrupule , Avoir pour deux méchants une âme si crédule. Ces perfides tous deux se sont dits aujourd'hui Et subornés par vous , et subornés par lui : Contre tant de vertus , contre tant de victoires , Doit-on quelque croyance à des âmes si noires? Qui se confesse traître est indigne de foi.

234 INICOMEDE.

ARSINOÉ

Vous êtes généreux , Attale , et, je le voi , Même de vos rivaux la gloire vous est chùre.

ATTALE

Si je suis son rival ^ je suis aussi son frère ';

Nous ne sommes qu'un sang, et ce sang dans nioii cœur

A peine à le passer pour calomniateur.

ARSINOÉ

Et vous en avez moins à me croire assassine , Moi , dont la perte est sûre à moins que sa ruine.'

ATTALE

Si contre lui j'ai peine à croire ces témoins % Quand ils vous accusaient je les croyais bien moins. Votre vertu, madame, est au-dessus du crime. Souffrez donc que pour lui je garde un peu d'eslinic ; La sienne dans la cour lui fait mille jaloux, Dont quelqu'un a voulu le perdre auprès de vous ; Et ce lâche attentat n'est qu'un trait de l'envie Qui s'efforce à noircir une si belle vie.

Pour moi , si par soi-même on peut juger d'autrui - Ce que je sens en moi, je le présume en lui. Contre un si grand rival j'agis à force ouverte. Sans blesser son honneur, sans pratiquer sa perte. J'emprunte du secours, et le fais hautement; Je crois qu'il n'agit pas moins généreusement , Qu'il n'a que les desseins où sa gloire l'invite. Et n'oppose à mes vœux que son propre mérite.

ARSINOÉ

Vous êtes peu du monde, et savez mal la cour.

ATTALE

Est-ce autrement qu'en prince on doit traiter l'amour ?

' Vab. Si je SUIS son rival , madame , il est iiwu fi ère.

• Vak. Quand ils suiil contre vous , je les crois beaucoui> moMl-^.

ACTI- MI, SCKNE Vlll. 2:{-,

Vous le traitez, mon fils, et parlez en jeune liouune.

ATTALE

Madame, je n'ai vu que des vertus à Rome.

AllSlNOÉ.

Le temps vous apprendra , par de nouveaux emplois. Quelles vertus il faut à la suite des rois. Cependant, si le prince estencor votre frère, Souvenez-vous aussi que je suis votre mère ; Kt, malgré les soupçons que vous avez conçus, Venez savoir du roi ce (juM croit là-dessus.

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