ACTE V, SCKNK IV. 3(i
Crains kui' haine, ou son bras, leur foudre, ou son épcc ; Kt , quelque noir orgueil qui te puisse aveugler, Apprends qu'il m'aime encore, et commence cV treiid>ler. Tu le verras, méchant, plus tôt que tu ne penses; Attends, attends de lui tes dignes récompenses.
PERPENNA
S'il en croit votre ardeur, je suis sûr du trépas;
Mais peut-être, madame, il ne l'en croira pas;
Et quand il me verra commander une armée
Contre lui tant de fois à vaincre accoutumée ,
11 se rendra facile à conclure une paix
Qui faisait dès tantôt ses plus ardents souhaits.
J'ai même entre mes mains un assez bon otage,
Pour faire mes traités avec quelque avantage.
Cependant vous pourriez, pour votre heur et le mien>
Ne panier pas si haut à qui ne vous dit rien .
(^cs menaces en l'air vous donnent trop de peine.
Après ce que j'ai fait , laissez faire la reine ;
Et , sans blâmer des vœux qui ne vont point à vous ,
Songez à regagner le cœur de votre époux.
VIRIATE
Oui , madame , en effet, c'est à moi de répondre; Et mon silence ingrat a droit de me confondre. Ce généreux exploit , ces nobles sentiments , Méritent de ma part de hauts remerciments ; Les différer encor, c'est lui faire injustice.
Il m'a rendu sans doute un signalé service ; Mais il n'en sait encor la grandeur qu'à demi. La grand Sertorius fut son parfait ami. Apprenez-le, seigneur (car je me persuade Que nous devons ce titre à votre nouveau grade. Et pour le peu de temps qu'il [)ourra vous durer, Il me coûtera peu de vous le déférer) ; Sachez donc (juc pour vous il osa me d<'plaue ,
342 SEUTOl'vIUS.
Ce héros; (ju'il usa mériter ma colère ;
Que malgré son amour, que malgré mon courroux .
Il a fait tous efforts pour me donner à vous;
Et qu'à moins qu'il vous plût lui rendre sa parole ,
Tout mon dessein n'était qu'une atteinte frivole ;
Qn'il s'obstinait pour vous au refus de ma main.
AEISTIE.
Et tu peux lui plonger un poignard dans le sein ! Et ton bras...
VIRIATK.
Permettez, madame, que j'estime La grandeur de Tamour par la grandeur du crime.
Chez lui-même, à sa table, au milieu d'un festin , D'un si parfait ami devenir l'assassin , Et de son général se faire un sacrifice. Lorsque son amitié lui rend un tel service ; Renoncer à la gloire, accepter pour jamais L'infamie, et l'horreur qui suit les grands forfaits; Jusqu'en mou cabinet porter sa violence ; Pour obtenir ma main, m'y tenir sans défense ; Tout cela d'autant plus fait voir ce que je doi A cet excès d'amour qu'il daigne avoir pour moi; Tout cela montre une âme au dernier point charjnée 11 serait moins coupable à m'avoir moins aimée ; Et comme je n'ai point les sentiments ingrats , Je lui veux conseiller de ne m'épouser pas. Ce serait en son lit mettre son ennemie , Pour être à tous moments maîtresse de sa vie ; Et je me résoudrais à cet excès d'honneur. Pour mieux choisir la place à lui percer le cœur. Seigneur, voilà l'effet de ma reconnaissance. î)u reste, ma personne est en votre puissance : Vous êtes niaitre ici ; commandez , disposez , Et recevez enlin ma main si vous l'osez.