ACTE II, SCENE IV
l'Iiis leur cause m'est chère, et plus reflet m'en blesse : Nt)n que pour m'en venger j'ose entreprendre rien; Je donnerais encor tout mon sang pour le sien : Je sais ce que je dois : mais dans cette contrainte , Si je retiens mon bras, je laisse aller ma plainte ; Et j'estime qu'au point qu*elle nous a blessés , Qui ne fait que s'en plaindre a du respect assez. Voyez-vous bien quel est le ministère infâme Qu'ose exiger de nous la haine d'une femme? Voyez-vous qu'aspirant à des crimes nouveaux. De deux princes ses fils elle fait ses bourreaux? Si vous pouvez le voir, pouvez-vous vous en taire?
ANTIOCUUS.
Je vois bien plus encor, je vois qu'elle est ma mère; Et^plus je vois son crime indigiTî' de ( o rang, Plus je lîii v^is souiller la source de mon sâhg. J'en sens de ma douleur croître la violence ; Maisma confusion mMmpose le silence, borsquêHans ses forfaits sur nos fronts'imprimés Je vois les traits honteux dont nous sommes formés. Je tâche à cet objet d'être aveugle ou stupide; J'ose me déguiser jusqu'à son parricide; Je me cache à moi-même un excès de malheur t)ù notre ignominie égale ma douleur; Et, détournant les yeux d'une mère cruelle. J'impute tout au sort qui nTa fait naître d'elle.
Je conserve pourtant encore un peu d'espoir : Elle est mère , et le sang a beaucoup de pouvoir ; Et le sort Feùt-il faite encor plus inhumaine , Une larme d'un fils peut amollir sa haine.
SÉLEUCUS
Ah ! mon frère, Tamour n'est guère véhémeJit •
' V'AU. Croyci-moi, ijuc l'amour n'est guOro vehfiiiciil
■tù RODOGUNE.
Pour dos fils élevés dans un bannissement , Et qu'ayant fait nourrir presque dans l'esclavage Elle n'a rappelés que pour servir sa rage. De ses pleurs tant vantés je découvre le fard; Nous avons en son cœur vous et moi peu de part : Elle fait bien sonner ce grand amour de mère ;. Mais elle seule enfin s'aime et se considère; Et, quoi que nous étale un langage si doux , Elle a tout fait pour elle, et n'a rien fait pour nous. Ce n'est qu'un faux amour que la haine domine ; Nous ayant embrassés, elle nous assassine, a
En veut au cher objet dont nous sommes épris, 1
Nous demande son sang, met le trône à ce prix. Ce n'est plus de sa main qu'il nous le faut attendre; Il est , il est à nous si nous osons le prendre : j
Notre révolte ici n'a rien que d'innocent *; 1
Il est à l'un de nous si l'autre le consent :
Régnons, et son courroux ne sera que faiblesse ; j
.^jG'est r^nnïquelnoyêîrde sauver la princesse : \
Allons la voir, mon frère , et demeurons unis; C'est Tunique moyen de voir nos maux finis. Je forme un beau dessein , que son amour m'inspire ; Mais il faut qu'avec lui notre union conspire : Notre amour , aujourd'hui si digne de pitié, >-yv^t^ . Ne saurait triompher que par ^otre amitiér]^
La.tX'V'^MX*^ ANTIOCIIUS.
Cet avertissement marque une défiance
Que la mienne pour vous souffre avec patience.
Allons , et soyez sûr que même le trépas
Ne peut rompre des nœuds que l'amour ne rompt pas.
^^ r-^ '^ 1 Vak. Et , pour user encor d'un terme plus pressant.
liégnons : tout son effort ne sera (|uc faiblesse.