ACTE IV, SCKNK I
ANTIOCUUS.
Ah! si vous uc voulez voir finir nos deslins , Nommez d'autres vengeurs ou d'autres assassins.
RODOGUNE
Ah! je vois trop régner son parti dans votre Ame ; Prince, vous le prenez.
ANTIOCUUS.
Oui, je le prends, madame; Et j apporte à vos pieds le plus pur de son sang Que la nature enferme en ce malheureux flanc.
Satisfaites vous-même à cette voix secrète Dont la vôtre envers nous daigne être l'interprète : Exécutez son ordre ; et hàtez-vous sur moi * ^ De punir une reine et de venger un roi :
Mais, quïîte par ma mort d'unHévoTr sTsëvère , Écoutez-en un autre en faveur de mon frère. De deux princes unis à soupirer pour vous . Prenez^l\nij3om?^viçtn^^ pour époux ;
Punissez un des fds^des crimes de la mère , Mais payez l'autre aussi des services du père ; Et laissez un exemple à la postérité Et de rigueur entière , et d'entière équité. Quoi ! n'écouterez-vous ni l'amour ni la haine? Ne pourrai-je obtenir ni salaire ni peine? Ce cœur qui vous adore, et que vous dédaignez...
RODOGUNE
Hélas, prince!
ANTIOCUUS.
Est-ce encor le roi que vous plaignez'?
' Vab. Elle s'explique assez à ce cœur qui l'entend.
Et vous lui rendez plus que son ombre n'attend. Mais aussi , par ma mort , vers elle dégagée , Ueiidez heureux mon frère après l'avoir vengée.
■ V'Aii. Iléias!
xJiTiociirs.
Sont-ce les morts ou nous que vous plaignez ?
:.s IIODOGIINE.
(]o soupir 110 va-t-il quo vers l'ombre d'un père ?
RODOGUNE
Allez , ou pour le moins rappelez votre frère :
Le combat pour mon àmo était moins dangereux
Lorsque je vous avais à comljattrc tous deux :
Vous êtes plus fort seul.que vous n'étiez ensemble;
Je vous bravais tantôt, et maintenant je tremble.
J'aime; n'abusez pas, prince, de mon secret :
Au milieu de ma haine il m'échappe à regret ;
Mais enfin il m'échappe, et cette retenue
Ne peut plus soutenir l'effort de votre vue.
Oui , j'aime un de vous deux malgré ce grand courroux,
Et ce dernier soupir dit assez que c'est vous.
Un rigoureux devoir à cet amour s'oppose : Ne m'en accusez point, vous en êtes la cause; Vous l'avez fait renaître en me pressant d'un choix Qui rompt de vos traités les favorables lois. D'un père mort pour moi voyez le sort étrange : Si vous me laissezlibre^Jl faut que je le venge ^^ Et mes feux dans mon âme ont beau s'en mutiner, Ce n'est qu'à ce prix seul que je puis me donner* : Mais ce n'est pas de vous qu'il faut que je l'attende . Votre refus est juste autant que ma demande. A force de respect votre amour s'est trahi. Je voudrais vous haïr s'il m'avait obéi ; Et je n'estime pas l'honneur d'une vengeance Jusqu'à vouloir d'un crime être la récompense. Rentrons donc sous les lois que m'impose la paix, Puisque m'en affranchir c'est vous perdre à jamais. Prince, en votre faveur je ne puis davantage :
Soupirez-vous pour eux , ou pour notre misère ?
RODOGL^E.
Assez , prince , ou du moins rappelez votre frère. ' Vab. Ce n'est tiu'à ce prix seul nue je me puis donner.
ACTK IV, se KM-: II. 5!»
I^'oij^ucil do ma naissance cnilc cncor mon couiage , Et, quelque grand pouvoir que raniour ait sur moi. Je n'oulîlierai jamais que je me dois un roi. Oui, malgré mon amour, j'attendrai d'une mère Une le trône me donne ou vous ou votre frère. Attendant son secret, vous aurez mes désirs; Et s'il le fait régner, vous aurez mes soupirs ; (]\'sl tout ce qu'à mes feux ma g'ioire peut permettre. Et .tout ce qu'à vos feux les miens osent promettre.
ANTIOCUUS.
Que voudrais-jc de plus? son bonheur est le mien;
Rendez heureux ce frère , et je ne perdrai rien. S-t^^^^ ''^'"^^
(yaniitié le consent, si l'amour l'appréhende :
Je bénirai le ciel d'une perte si grande ;
Et, quittant les douceurs de cet espoir llottant,
Je mourrai de douleur, mais je mourrai content.
RODOGUNE
Et moi, si mon destin entre ses mains me livre , Pour un autre que vous s'il m'ordonne de vivie ' , Mon amour... Mais adieu ; mon esprit se confond. Prince, si votre flamme à la mienne répond , Si vous n'êtes ing'rat à ce cœur qui vous aime, .\e me revoyez point qu'avec le diadème,